“Si je ne suis pas trop mauvais, je devrais remonter au classement mondial”, Kevin Staut

Alors qu’il ne fréquentait presque jamais les séries de concours de la péninsule ibérique avant la pandémie, Kevin Staut est désormais un habitué du Vilamoura Atlantic Tour, au Portugal. Rencontré ce week-end dans l’Algarve, où il a conclu le CSI 3* de la plus belle des manières en gagnant le Grand Prix avec Cheppetta, le champion olympique par équipes de Rio de Janeiro est apparu aussi détendu que motivé à l’idée de retrouver sa place parmi les tout meilleurs cavaliers du monde, lui qui pointe au vingt-sixième rang du classement Longines.



Vous semblez heureux comme un poisson dans l’eau à Vilamoura. Dans quelle mesure et pourquoi avez-vous finalement pris goût à ces séries de concours organisées dans le sud de l’Europe? 

Je suis venu pour la première fois à Vilamoura en novembre 2020, à l’occasion de l’un des rares CSIO organisée cette année-là, compte tenu de la pandémie de Covid-19. Depuis, j’y viens en fin et en début d’année. Je me suis mis dans l’idée qu’une tournée est faite pour mettre en route des chevaux et effectuer un travail un peu moins intense que lors d’autres concours. Ici, nous bénéficions en plus de la flexibilité des organisateurs quant aux programmes et au travail quotidien des chevaux. Et puis, à cette période, il est très plaisant de pouvoir compter sur le beau temps. Je comprends que d’autres cavaliers préfèrent aller à Oliva, Valence, Vejer de la Frontera ou en Italie. Moi, je n’ai concouru qu’une seule fois à Oliva, il y a très longtemps. Le Sunshine Tour (à Vejer) semble magnifique, mais le niveau sportif y paraît un peu plus élevé. En résumé, pour relancer ou faire connaissance avec des chevaux, Vilamoura me semble idéal.

Comment se déroule le retour à la compétition de vos deux meilleurs chevaux, Scuderia 1918 Viking d’la Rousserie (SF, Quaprice Bois Margot x Apache d’Adriers) et Cheppetta (Holst, Chepetto x Cash), convalescents pendant plusieurs mois?

Pour l’instant, Viking a pris part à une épreuve pour chevaux de cinq ans, hors concours, et à une épreuve à 1,20m. Il est bouillonnant. Je n’ai pas voulu qu’il concoure la première semaine, préférant lui laisser le temps de s’acclimater ici. Désormais, il est assez gérable sur le plat et en extérieur. En piste, il est bondissant, comme à son habitude, dans tous les sens du terme. Peu importe la hauteur, le but est d’essayer d’harmoniser nos parcours afin qu’ils soient plus fluides d’ici la fin de cette semaine.

En fin d’année dernière, j’avais récupéré Cheppetta après ses quelques mois de remise en route avec Laura (Rayjasse, ndlr), la cavalière de Virginie (Coupérie-Eiffel, ndlr). Elles ont accompli un super travail, ce que je tiens vraiment à rappeler. Lorsque Cheppetta était arrivée chez moi, je n’avais concouru que quelques fois avec elle à Grimaud (en juin et juillet 2021, ndlr), où elle n’était pas au meilleur de sa forme. Depuis la fin de sa convalescence (en raison de problèmes oculaires, ndlr), j’ai un tout autre sentiment. Elle a réussi un bon Grand Prix indoor au CSI 4* de Ratières (le 5 décembre, ndlr), ne commettant qu’une seule faute et sautant très bien. Depuis la semaine dernière, mon ressenti est formidable. Après toutes ces années de haut niveau, je ne suis pas du genre à m’emballer, mais elle me donne beaucoup de plaisir en selle.

Et elle vous a offert une belle victoire dans le Grand Prix CSI 3* de dimanche. Qu’avez-vous pensé de l’épreuve et du comportement de votre baie de quatorze ans ? 

En ce qui concerne le Grand Prix, nous ne sommes plus surpris par le talent de Grégory Bodo, qui imagine toujours des parcours très justes. Les fautes se sont réparties un peu partout, même sur les deux premiers obstacles. Au fil de l’épreuve, elles ont un peu changé d’endroit: lorsque les cavaliers essaient de résoudre une difficulté, une autre peut parfois survenir. L’épreuve a donc été extrêmement intéressante.

Cheppetta s’est très bien comportée, je sens qu’elle a retrouvé son potentiel complet. Nous étions peu nombreux au barrage et j’avais l’avantage de partir à la fin. Les deux premiers concurrents avaient commis des fautes en courant un peu. Compte tenu de la rapidité naturelle de Cheppetta, la stratégie s’est trouvée plus simple à établir. Après une longue convalescence, obtenir des résultats peut parfois prendre un peu de temps. Même s’il s’agit d’un Grand Prix CSI 3* et qu’elle a couru des épreuves bien plus importantes, la manière dont elle a sauté me rassure et me conforte dans l’idée que je pourrai bientôt l’engager en CSI 5* avec la prétention d’essayer d’y être performant.



“Je pense que Bond Jamesbond de Hay a un énorme potentiel”

Les personnes impliquées dans l’écurie de groupe Vivaldi Jumping et Scuderia 1918 doivent être très heureuses de revoir leurs protégés en compétition… 

Oh, oui! C’est aussi pour cela que nous venons ici. Toute la pression des grands concours serait presque prématurée pour ces chevaux qui reprennent la compétition, de même que pour ceux que je ne connais pas encore assez. Dans un tel environnement, nous pouvons évoluer techniquement et mieux le faire que dans les mois à venir.

Vous continuez donc à faire connaissance avec Bond Jamesbond de Hay (SF, Diamant de Semilly x Kannan)…

Oui. Je l’avais déjà amené fin 2021. Entre-temps, nous avions essayé de progresser techniquement aux écuries. Il s’est déjà classé dans deux Grands Prix (dixième avec quatre points le 30 janvier et cinquième avec un double sans-faute le 5 février, ndlr). Je pense qu’il a un énorme potentiel – ses résultats parlent d’eux-mêmes. Avec Bernard (Briand Chevalier, son formateur, ndlr), il a enchaîné les sans-faute toute sa carrière. Si je ne suis pas trop mauvais, c’est presque systématiquement le cas avec moi aussi. Bernard a été son unique cavalier et tous deux avaient leurs codes, ce qu’il faut considérer. C’est pourquoi nous avons essayé de maintenir l’entourage de Bond, à savoir Bernard, qui est intégré à nos conversations, et Jean-Louis Roudaut, qui fait travailler Bernard, tout comme moi. 

J’ai aussi deux juments très compétitives, Dialou (Blue PS, OS, Diarado’s Boy x Chacco Blue) et Iliade (KDW, Z, Indoctro x Brahmann St Simeon), qui sont géniales. Et j’en ai encore d’autres à faire évoluer, dont Émir (de Moens*Harcour, SF, Urlevent du Bary x Papillon Rouge) qui a huit ans, et Blackonda (SF, Kannan x Lone Star I) qui appartient à Jean-Louis. Honnêtement, je me fais plaisir à cheval, ce qui est essentiel. Sans oublier les compétitives Visconti (du Telman, SF, Toulon x Dollar du Murier) et Tolède (de Mescam*Harcour, SF, Mylord Carthago x Kouglof II), que j’ai laissées aux écuries et qui se préparent pour les deux CSI 5* de Doha.

Tout cela semble de bon augure pour 2022, non?

Oui, plutôt. Si je ne suis pas trop mauvais, je devrais remonter au classement mondial (onzième en décembre, Kevin Staut pointe au vingt-sixième rang en février, ndlr). Il faut rester vigilant vis-à-vis de tous les détails, tant en piste que dans l’organisation. Ce n’est pas parce que j’ai de très bons chevaux que je ne dois pas continuer à m’entourer, regarder ce que les autres font autour de moi, acquérir des chevaux d’une manière ou d’une autre, mettre sur pied de nouvelles collaborations avec des éleveurs, parvenir à intégrer et fidéliser des propriétaires… Aujourd’hui, il me semble utopique d’acheter des chevaux en vue de Paris 2024, alors je vais déjà essayer de conserver ceux qui ont un potentiel certain parmi ceux dont je dispose aujourd’hui.