Deux mois après “l’affaire Beerbaum”, la Fédération allemande va interdire la technique du “toucher”

Vendredi, la Fédération équestre allemande a annoncé son intention d’interdire la technique d’entraînement dite du “toucher”, distinguée des techniques de “barrage”, proscrites depuis 1991. Deux mois après la diffusion sur la chaîne RTL d’un reportage dénonçant l’emploi de méthodes présumées prohibées dans les écuries Beerbaum, les responsables équestres d’outre-Rhin, qui avaient précédemment entamé une réflexion sur les méthodes d’entraînement des équidés, ont clarifié une situation où le flou demeurait. Ludger Beerbaum a pris acte de cette évolution réglementaire.



En Allemagne, la méthode d’entraînement consistant à “toucher” les chevaux de saut d’obstacles devrait bientôt être interdite. Ainsi en a décidé le présidium de la Fédération équestre allemande, “suivant la recommandation unanime de la Commission sur les méthodes de formation, qui a traité ce sujet en détails”selon le communiqué publié vendredi. Ledit présidium avait créé cette commission ad hoc début 2021 avec pour mission “d’examiner le toucher et d’autres méthodes d’éducation et de formation”. Le présidium va maintenant soumettre une demande au conseil consultatif de la fédération pour le sport afin d’introduire dans ses règlements sportifs l’interdiction du “toucher” dans l’entraînement des chevaux au saut d’obstacles.

Pour rappel, après une résolution dite de Potsdam “sur les attitudes équestres envers le cheval”, votée en 1991, un passage avait été ajouté aux directives d’entraînement de la fédération nationale, dans lequel une distinction avait été opérée entre le “barrage”, interdit, et le “toucher”, autorisé, ce qui a souvent été critiqué depuis. Concrètement, “toucher” un cheval avec une barre non métallique ne pesant pas plus de deux mille grammes pendant qu’il franchit un obstacle est jusqu’à présent autorisé dans le cadre de l’entraînement à domicile afin d’acrroître chez l’animal la conscience de l’obstacle. Selon ces directives, cela ne peut être effectué que “par des spécialistes du cheval expérimentés et chevronnés ayant suffisamment de sensibilité et d’expérience”.

Le débat à ce sujet a été vivement relancé il y a un peu moins de deux mois. Dans un reportage diffusé le 11 janvier, la chaîne allemande RTL s’était penchée sur le recours à des méthodes d’entraînement présumées interdites dans les écuries de Ludger Beerbaum. Sur la foi d’images qui auraient été captées clandestinement par un(e) ancien(ne) employé(e), le reportage identifiait nommément le quadruple champion olympique comme acteur et responsable des faits présumés. Par ailleurs, une journaliste infiltrée au sein des écuries Beerbaum, à Riesenbeck, via un stage au service marketing, avait saisi des images montrant Ludger dans une scène similaire, qualifiée de “barrage” par des personnes présentées comme expertes. La journaliste avait aussi assuré avoir trouvé des barres recouvertes d’un revêtement à picots, dans un grenier et dans une remise située juste à côté d’une carrière de travail. La Fédération allemande et la Fédération équestre internationale s’étaient alors rangées derrière la protection du bien-être animal, principe primordial de leurs règlements. Toutefois, ceux de la Fédération allemande reposaient donc sur la distinction ténue entre “barrage” et “toucher”. Quant à Ludger Beerbaum, il avait jugé ce reportage “manifestement faux, diffamatoire et calomnieux sur de nombreux points”, arguant faire emploi, à titre très occasionnel, de “la méthode autorisée du “toucher”. [...] Chez moi, il n’y a rien de caché ni de non autorisé.”



“Seule une interdiction peut protéger les chevaux et tous les acteurs”

Au terme d’une réunion décisive, le présidium et la commission ad hoc de la Fédération allemande ont émis la déclaration suivante: “Pour toutes les personnes impliquées, le bien-être du cheval, partenaire sportif, est la priorité absolue. Tout le monde s’accorde à dire que les sports équestres équitables ne sont possibles qu’en partenariat et dans une relation de confiance entre l’homme et le cheval. La base en est la théorie classique de l’équitation. Selon la fédération, l’usage professionnel du ‘toucher’ à l’obstacle, tel que défini par les directives, n’a pas toujours d’incidence sur le bien-être des animaux. Cependant, la commission est parvenue à la conclusion qu’en pratique, le risque d’écart par rapport à la définition du ‘toucher’ dans les directives est élevé. Des erreurs peuvent être commises, et avec cette méthode, la marge d'erreur est presque inexistante. De petits écarts peuvent avoir des conséquences négatives pour le cheval. Même les spécialistes ont souvent du mal à illustrer et à faire comprendre où se situe la limite du ‘toucher’ autorisé jusqu’à présent dans les règles de l’art. Dans la pratique, il n’existe pas de consensus sur la manière de ‘toucher’ correctement les chevaux à l’obstacle. En raison de la complexité du ‘toucher’ à l’obstacle et des exigences extrêmement élevées posées aux professionnels, même une formation ne peut garantir une mise en œuvre correcte dans la pratique. La commission et la présidence sont donc arrivées à la conclusion que, dans l’intérêt des chevaux, cette méthode devrait être abandonnée à l’avenir. Seule une interdiction du ‘toucher’ à l’obstacle peut protéger les chevaux d’un mauvais usage et tous les acteurs des conséquences d’un mauvais usage accidentel. Enfin, l’interdiction du toucher à l’obstacle s’accorde avec les règles internationales.”

Dans son communiqué, la fédération précise aussi qu’il “n’appartient pas à la commission sur les méthodes de formation d’évaluer juridiquement les images montrées dans le reportage diffusé le 11 janvier sur RTL et de prononcer des mesures disciplinaires. Le reportage montrait l’utilisation présumée de méthodes d’entraînement non autorisées. La commission disciplinaire de la fédération serait compétente pour d’éventuelles procédures sur le plan sportif. La fédération poursuit l’examen des images afin de déterminer si elles constituent une violation du règlement des épreuves et ne fera aucun commentaire sur l’enquête en cours.”

Quant à Ludger Beerbaum, il s’est exprimé sur les sites de nos confrères germains de St Georg et Reiter Revue. “Je comprends parfaitement la décision prise aujourd’hui par la Fédération allemande, même si, de mon point de vue, une approche plus nuancée aurait également été possible. En effet, de l’avis commun de la fédération et de nombreux sportifs de haut niveau, l’utilisation professionnelle du toucher n’a pas toujours d’incidence sur le bien-être des animaux. Toutefois, après de nombreux efforts de la commission sur les méthodes de formation, il s’est avéré qu’en raison de la complexité de la pratique du ‘toucher’, il est très difficile de faire comprendre où se situe la limite de ce qui était autorisé jusqu’à présent. Pour le sport de haut niveau, cela signifie la disparition d’une méthode d’entraînement appliquée et reconnue. À l’avenir, nous, sportifs et fédération, devrons expliquer beaucoup plus clairement au public comment nous parvenons à réaliser des performances de haut niveau avec nos chevaux”, conclut le quadruple champion olympique.