À Leipzig, Martin Fuchs arrache sa première finale de Coupe du monde en mode montagnes russes

Martin Fuchs a remporté sa première finale de la Coupe du monde Longines cet après-midi à Leipzig, en Allemagne. En selle sur Chaplin, le Suisse a signé l’un des trois doubles sans-faute de l’épreuve décisive. Avec un total de cinq points, il a devancé de trois longueurs le Néerlandais Harrie Smolders et le Suédois Jens Fredricson, deux et troisième sur Monaco et Markan Cosmopolit. Le duel entre Smolders et l’Américain McLain Ward n’a finalement pas accouché d’un barrage, le premier ayant concédé une petite faute et le second, deux fautes plus franches avec un Contagious un peu émoussé. Lourdement pénalisé sur le vertical 7 en première manche, qui surmontait un bidet rempli d’eau, Grégory Cottard a fini vingt-quatrième avec Bibici.



Martin Fuchs, Harrie Smolders et Jens Fredricson.

Martin Fuchs, Harrie Smolders et Jens Fredricson.

© Richard Juilliart/FEI

Ce cavalier-là a quelque chose en plus. Ce plus qui distingue définitivement un champion d’un très bon compétiteur. Qui eût cru que Martin Fuchs soulèverait pour la première fois le trophée de la Coupe du monde Longines, cet après-midi à Leipzig, en Allemagne? Non pas que le Suisse de vingt-neuf ans en était incapable – il a toutes les qualités dont un cavalier peut rêver, de très bons chevaux et de l’expérience à revendre – mais après l’avarie qu’il avait dû gérer vendredi dans l’épreuve à barrage avec The Sinner, où il aurait pu tout perdre d’un coup, celui qui avait précédemment remporté la Chasse sur Chaplin semblait plutôt promis à une place d’honneur sur le podium. “C’est vrai, quand j’y repense…”, sourit-il. “Quand je suis sorti de piste vendredi, Steve (Guerdat, son compatriote et grand frère de cœur, ndlr) est venu me féliciter, ce que j’ai eu un peu de mal à saisir vu mon parcours. Il m’a dit que sortir de piste avec quatre points, vu les circonstances, était un excellent résultat, et que j’avais désormais intérêt à gagner cette finale!” Et il l’a fait.

Si son parcours de vendredi fut des plus périlleux, ceux d’aujourd’hui n’ont rien eu de promenades de santé. En première manche, Chaplin semblait moins fringant que jeudi malgré le fait d’avoir été dispensé de l’épreuve de vendredi. On a même entendu une bonne touchette sur l’oxer 9, mais Martin n’a rien lâché. En seconde manche, suivant exactement en sens inverse le tracé de la première et pour laquelle l’Allemand Frank Rothenberger a simplement modifié la configuration du triple, retiré les barres de Spa qui défendaient l’entrée du double en 11 et réduit l’oxer 5 en vertical, l’étalon KWPN de quinze ans par Verdi TN et une mère par Concorde a semblé mieux sauter, en dépit d’une touchette, à nouveau sur l’oxer placé en 9, mais on a surtout senti la volonté farouche de son cavalier de ne rien lâcher, de ne rien laisser au hasard, de ne rien risquer. Dans ces situations, rares et précieuses, Martin Fuchs n’est peut-être pas le plus académique des cavaliers, mais sa rage de vaincre est émouvante, tout autant que les remerciements sincères qu’il a adressés à son partenaire juste après son double sans-faute. Un pur champion, qui inspire le respect, tout ou en se montrant accessible, détendu et joyeux de vivre.

À même pas trente ans, anniversaire qu’il fêtera le 13 juillet, le fils de Renate et de l’olympique Thomas Fuchs, deux excellents cavaliers en leur temps, Monsieur entraînant depuis les cavaliers suisses avec les succès que l’on sait, et neveu de Markus Fuchs, vainqueur de cette même finale en 2001 avec le crackissime Tinka’s Boy, Martin, qui fut classé numéro un mondial, compte déjà à son palmarès un titre européen individuel, décroché en 2019 à Rotterdam avec Clooney 51, un titre européen par équipes, assorti de l’argent individuel, gagné l’an passé à Riesenbeck avec Leone JEI, mais aussi une médaille d’argent aux Jeux équestres mondiaux, glanée en 2018 à Tryon avec Clooney. Il n’a donc pas encore tout gagné, et l’on sait son appétit olympique, mais quel palmarès! Ajoutons qu’il est seulement le deuxième cavalier de l’histoire de la Coupe du monde à s’imposer en finale avec deux chevaux, après l‘Allemand Marcus Ehning, sacré en 2010 à Genève avec Küchengirl et Plot Blue.



Quand Harrie rejoint McLain

Si l’on n’imaginait pas vraiment Martin Fuchs, troisième ex æquo au provisoire avec le Britannique Harry Charles, s’imposer cet après-midi, c’est aussi parce qu’il y avait deux solides concurrents devant lui. En première manche, avant le money-time, on a compté des sans-faute pour l’Américaine Alessandra Volpi, éliminée par la suite en raison de traces de sang décelées sur Berlinda, Steve Guerdat, brillant avec Victorio des Frotards, Jos Verlooy, déterminé avec Luciano van het Geinsteinde, l’Allemand David Will, le Suédois Jens Fredricson et Harry Charles, impeccables avec C Vier 2, Markan Cosmopolit et Romeo 88. Après celui de Martin et Chaplin, Harrie Smolders a survole le parcours, hormis une touchette sur les barres de Spa. Il appartenait alors à McLain Ward de conclure. À l’œuvre avec un Contagious toujours aussi souple, mais peut-être pas suffisamment puissant pour sauter avec beaucoup de marge, l’Américain a concédé une petite faute sur l’oxer 5, abordé d’un peu trop près, ce qui l’a alors replacé à égalité avec Smolders.

Harrie Smolders et Monaco.

Harrie Smolders et Monaco.

© Scoopdyga



Le malheur des uns…

Jens Fredricson et Markan Cosmopolit.

Jens Fredricson et Markan Cosmopolit.

© Scoopdyga

Ainsi se dessinait un duel, à arbitrer en seconde manche, voire lors d’un barrage au cas où les deux couples signeraient un sans-faute, mais il n’en fut rien. Cette fois, six des vingt survivants de cette finale sont rentrés dans le temps et sans encombre: l’Irlandais Denis Lynch, sur un Cristello encore aérien, la Suédoise Angelica Augustsson Zanotelli, qui a piloté au millimètre son énergique Kalinka van de Nachtegaele, David Will à nouveau, qui a amplement mérité sa sixième place finale, Jack Whitaker, impressionnant de justesse avec Equine America Valmy de la Lande, formé par son père Michael, et cinquième de sa première finale à vingt ans (!) et encore une fois Jens Fredricson, troisième, la plus belle performance de sa carrière à... cinquante-quatre ans, et donc Martin Fuchs.

Dans les derniers instants, la musique d’ambiance s’est enfin effacée devant le sport dans cette arène remplie à 90%. Avant le morceau de bravoure du Suisse, Harry Charles, aussi brillant que son pote Jack, a lâché quatre points sur l’oxer 7a, terminant à une très belle quatrième place. On attendait alors un nouveau sans-faute de Smolders, mais l’impensable s’est produit, comme souvent dans ce grand rendez-vous indoor qui nous avait tant manqué: l’insubmersible Monaco a poussé d’un rien le vertical 8. McLain Ward avait alors son destin entre les mains, ou plutôt dans la capacité de Contagious à consentir quatorze nouveaux efforts. Hélas, le hongre DSP de treize ans a renversé de fatigue les verticaux 7b et 10. Avant même la fin de leur parcours, on a entendu au loin les cris de joie du camp Fuchs. Ce sport est ainsi fait que le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres.



Après-midi frustrante mais formatrice pour Grégory Cottard

Dans cette finale, la France était représentée par un seul couple, formé par Grégory Cottard et Bibici. Sixièmes ex æquo après sa très belle prestation de vendredi, le Francilien et sa belle grise semblaient partis vers un nouveau sans-faute en première manche… jusqu’au vertical 7, qui surmontait un bidet rempli d’eau. Bibici s’est laissé déconcentrer par les reflets et son cavalier n’a pas été en mesure de la reprendre en main à temps pour éviter une grosse faute. Le couple n’a pas pu poursuivre son parcours sans effectuer une volte. Cet incident, sans conséquence sur l’intégrité de la jument ni sur celle de Grégory, pas loin de tomber, leur a coûté vingt-deux points, une participation à la seconde manche et donc une place d’honneur à laquelle ils pouvaient légitimement prétendre. Gageons toutefois que cette expérience sera fondatrice pour cette paire, que son entourage rêve de voir sélectionnée aux Mondiaux de Herning. On les retrouvera sûrement en équipe de France au cours du printemps. 

Le classement de la finale
Le classement de l’épreuve
Le parcours de la première manche
Le parcours de la seconde manche

Grégory Cottard et Bibici.

Grégory Cottard et Bibici.

© Scoopdyga