“Martin Fuchs est un beau vainqueur”, Rodrigo Pessoa

Hier à Leipzig, en Allemagne, Martin Fuchs a gagné la finale de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles pour la première fois de sa carrière. Associé à Chaplin, le Suisse a signé l’un des trois doubles sans-faute de l’épreuve décisive. Il a partagé le podium avec le Néerlandais Harrie Smolders et le Suédois Jens Fredricson, deux et troisième avec Monaco et Markan Cosmopolit. Au lendemain de ce dimanche de grand sport, Rodrigo Pessoa, triple vainqueur de cette finale en 1999, 2000 et 2001 avec l’inoubliable Baloubet du Rouet, livre son analyse.



Impression d’ensemble

Comme d’habitude dans cette compétition, il y a eu du suspense jusqu’au bout. Martin Fuchs a bien mérité cette victoire, lui qui a encore une fois prouvé sa capacité à répondre présent dans les grands rendez-vous. Ses parcours n’étaient pas aussi fluides que ce qu’il a pu montrer avec d’autres chevaux et en d’autres occasions. Il faut dire que Chaplin était jusqu’à présent davantage un cheval de Grands Prix que de championnats. On a vu Martin lui demander certains efforts, notamment sur des oxers, mais il a su en tirer le meilleur pour sortir vainqueur de cette compétition. Chapeau! C’est un beau vainqueur.”



Première manche

“Le parcours de la première manche était très intéressant, et Frank Rothenberger (le chef de piste allemand de cette finale, ndlr) a parfaitement ajusté le temps imparti. Les meilleurs couples sont presque tous rentrés à l’heure (à l’exception des Britanniques John et Jack Whitaker, pénalisés de cinq et un point avec les Selle Français Equine America Unick du Francport et Valmy de la Lande, ndlr). Les obstacles n’avaient pas l’air énormes (on se souvient de parcours bien plus massifs dans de telles épreuves, ndlr), mais le temps a sûrement provoqué quelques fautes. Tout venait très vite, et il était difficile de prendre du rythme. Cette première manche n’a pas occasionné beaucoup de surprises, si ce n’est cette bête faute de McLain (Ward, sur l’oxer 5 avec Contagious, ndlr). Il s’est retrouvé vraiment court et a concédé une petite faute d’antérieurs sur le second plan. Harrie Smolders a eu beaucoup de chance sur la triple-barre (placée à l’entrée du double en 11, avec Monaco, ndlr), mais il n’en a pas moins réussi un superbe parcours.

Dans cette manche, Martin Fuchs n’était pas aussi serein que d’autres cavaliers, mais il a quand même réussi un très beau parcours, ce qui n’est jamais aisé à ce niveau de pression. Dommage, cette nouvelle faute de Max Kühner sur le dernier obstacle, parce qu’Elektric Blue P saute toujours très bien. Vendredi, l’Autrichien s’était un peu jeté en avant; cette fois, il a tiré. Évoluer à un tel niveau n’est pas simple quand on a un autre métier à côté, ce qui est son cas. Dommage aussi, la grosse faute de Grégory Cottard. J’ai baissé la tête juste au moment où il abordait ce vertical 7, donc je n’ai pas tout vu, mais il semble que sa jument (Bibici, ndlr) a regardé l’eau, ce qui peut arriver. Malheureusement, ils l’ont payé cher alors qu’ils ont réussi de beaux parcours jusque-là… et qu’ils ont fini celui-là sans histoire.”



Seconde manche

“À nouveau, ce parcours était bien construit (il s’agissait du tracé de la première manche, à sauter en sens inverse, ndlr). Comme je l’ai dit, la victoire de Martin est amplement méritée, mais j’ai trouvé le scénario très dur pour Harrie Smolders, qui méritait lui aussi de gagner. Et cette faute (sur le vertical 8, ndlr)… C’est le genre d’obstacle qu’il pourrait sauter dix fois de suite sans commettre de faute, et il ne l’a pas mal abordé. Sincèrement, je trouve que Harrie est le cavalier le plus sous-estimé du circuit international, peut-être parce qu’il est très simple et discret, et qu’il n’a rien à envier à personne. Ça tient à rien une victoire ou une deuxième place, et il peut être fier de sa finale (qui constituait le premier championnat de Monaco, ‘et sûrement pas le dernier’, selon le cavalier, ndlr). Mon pronostic ne s’est donc pas réalisé, mais je n’étais pas loin du compte!

Il faut aussi saluer le grand retour de Jens Fredricson (troisième avec Markan Cosmopolit, ndlr), qui avait bien entamé la ligue qualificative d’Europe occidentale (terminant troisième à Oslo et cinquième à Vérone, ndlr), mais qui s’est présenté là sans avoir beaucoup concouru à ce niveau (le couple s’est préparé au CSI 3* de Herning puis au CSI 5* du Saut Hermès, à Paris, ndlr). Force est de constater que Jens n’a pas perdu la main (après plusieurs années loin de l’élite mondiale, ndlr), ce qui n’est jamais assuré. Et quel cheval, qui saute si bien! Leur troisième place est très belle. Je tire mon chapeau aussi aux deux jeunes Britanniques, Harry Charles (quatrième avec Romeo 88 après avoir monté Stardust lors de la Chasse) et Jack Whitaker (cinquième, ndlr). Jack monte comme son père (Michael, ndlr), montrant une très belle équitation, classique et efficace. On sent que cette nouvelle génération a su observer la précédente. Et ces deux jeunes-là ont des nerfs. Ils incarnent le futur, dont avait besoin la Grande-Bretagne, mais aussi notre sport dans son ensemble.

McLain va rentrer aux États-Unis déçu, et je peux le comprendre, mais l’enchaînement des efforts a pesé lourd pour Contagious. Leur début de tour était excellent, puis le cheval a concédé une faute inhabituelle pour lui sur le vertical placé au milieu du triple. Ensuite, sachant que tout était perdu pour la victoire, McLain s’est un peu dépêché et a fauté sur la palanque ondulée (placée en 10, ndlr). C’est dur pour lui de finir septième après avoir mené ce championnat avec la manière…”



Aucun Brésilien en finale

“On peut regretter qu’aucun Brésilien n’ait pris part à cette finale. Eduardo (Pereira de Menezes, ndlr) était qualifié, mais il n’a pas senti son cheval (H5 Chaganus, ndlr) dans de suffisamment bonnes dispositions pour tenter sa chance dans ce championnat. Et cette année, personne d’autre ne pouvait prétendre à la finale. Pour ma part, j’aimerais évidemment pouvoir y participer à nouveau, mais il faut avoir le bon cheval pour cela. En ce moment, j’en monte un très bon qui a neuf ans (Major Tom, ndlr) et devrait être apte l’an prochain. En 2023, notre objectif prioritaire sera les Jeux panaméricains (programmés du 20 octobre au 5 novembre à Santiago du Chili, ndlr), mais une finale de Coupe du monde pourrait éventuellement permettre à ce cheval de prendre un peu d’expérience. À ce stade, nous en sommes encore loin.”

Le classement de la finale
Le classement de l’épreuve
Le parcours de la première manche
Le parcours de la seconde manche