À La Baule, Beth Underhill continue d’écrire la légende d’Éric Lamaze

Après avoir accueilli cinquante mille personnes en quatre jours, le CSIO 5* de La Baule s’est conclu par un Grand Prix épique, couronnant l’inattendue Beth Underhill. Associée au génial Dieu Merci van T & L, la Canadienne de presque soixante printemps s’est imposée huit ans après la dernière victoire de son ami et mentor Éric Lamaze, fou de joie de voir ses protégés au firmament. Avec le Brésilien Yuri Mansur, Vitiki a livré une leçon de courage et le local Pierre-Marie Friant a impressionné son monde à domicile sur Urdy d’Astrée.



Beth Underhill a pu compter sur Dieu Merci van T & L aujourd'hui pour l'emporter.

Beth Underhill a pu compter sur Dieu Merci van T & L aujourd'hui pour l'emporter.

© Scoopdyga

Bien malin celui qui aurait pu prédire la victoire de Beth Underhill cet après-midi dans le Grand Prix CSIO 5* de La Baule. Pourtant, la Canadienne avait laissé quelques indices sur son chemin, à l’instar d’un remarquable double zéro dans la Coupe des nations vendredi, déjà avec l’incroyable Dieu Merci van T&L. Formé depuis deux mois seulement, le couple a véritablement survolé les deux manches et les parcours imaginés avec maestria par le chef de piste Français Grégory Bodo. “Il correspond très bien à mon style”, a presque aussi simplement analysé la lauréate de l’épreuve à propos de son bai en conférence de presse. Le couple ne courait là que son troisième concours, le premier en Europe après deux essais moins fructueux outre-Atlantique à Wellington. Lauréat de ce Grand Prix avec l’inoubliable Hickstead en 2011 et en 2014 avec Powerplay, Éric Lamaze n’est pas étranger à cette association prodigieuse. 

Ayant été atteint d'une tumeur au cerveau il y a plus de quatre ans et récent retraité de la scène sportive, le nouveau chef d’équipe canadien a en effet confié une partie de ses chevaux à sa compatriote de presque soixante ans. Une opportunité en or pour l’amazone, qui avait connu une première partie de carrière au plus haut niveau avec Monopoly puis Altair et des participations aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, aux Jeux mondiaux de La Haye en 1994 et à ceux de Rome en 1998, ainsi qu’à deux finales de Coupe du monde. Bien moins présente sur le devant de la scène pendant des années, Beth Underhill avait retrouvé les sommets avec Count Me In, le très performant partenaire de Conor Swail depuis presque un an. La proposition d’Éric Lamaze en fin d’année dernière a manifestement changé le cours de la carrière de l’amazone, qui a pu profiter du soutien très appuyé de tous ses compatriotes canadiens, que l’on a vu très soudés tout au long du week-end. Le public a vibré lors du passage de la représentante du drapeau à la feuille d'érable, qui a conclu la seconde manche sans pénalité et en 43“77. Un temps battable, puisque Steve Guerdat et son ami Grégory Wathelet, fautifs à une reprise en première manche respectivement sur Venard de Cerisy et Nevados S, avaient montré la voie en début de deuxième acte en bouclant leurs tours en 41“77 et 41“66. La tension a été à son comble lors de ce round, qui a vu flancher quelques prétendants à la victoire. On pense bien sûr au dernier partant Martin Fuchs, dont la georgette sur le vertical n°2 a mis un sacré grain de sable dans son harmonie avec Conner Jei. Le numéro deux mondial a finalement préféré jeter l’éponge. Son compatriote Edouard Schmitz aurait lui aussi pu ajouter une sacrée ligne à son palmarès, après un an d’ascension remarquable en 2021. Avec Quno, le cavalier de vingt-deux ans a finalement délogé l’avant-dernier obstacle de ses taquets, ce qui l’a relégué au sixième rang, juste derrière son compatriote Steve Guerdat.

Que dire encore de la performance à peine croyable de Vitiki, qui peut sans exagérer être qualifié de rescapé ? Victime d’une fracture d’une phalange après une mauvaise réception au CHIO d’Aix-la-Chapelle en 2018, le prodigieux alezan a connu un nouveau coup du sort en début d’année dernière. Alors que son cavalier le sentait baisser de pied, un énorme kyste a été trouvé dans le nez du fils de Valentino, ce qui l’empêchait de respirer correctement. Heureusement, l’intervention chirurgicale dont les images sont très impressionnantes, lui a finalement permis de retrouver sa superbe et de se placer deuxième aujourd’hui avec le Brésilien à la veste jaune. 



Entre belles promesses et déceptions pour les Bleus

Pierre-Marie Friant, meilleur Tricolore aujourd'hui à La Baule !

Pierre-Marie Friant, meilleur Tricolore aujourd'hui à La Baule !

© Scoopdyga

Local de l’étape car installé en Loire-Atlantique, Pierre-Marie Friant a ajouté un peu de bleu, blanc, rouge au podium, en étant sans conteste porté par le public acquis à sa cause. Au mérite d’un premier parcours empreint de détermination puis d’un second entaché d’une faute sur l’avant-dernier saut, le Tricolore de trente-trois ans s’est fait une place parmi les meilleurs sur la troisième marche du podium, qu’il a dû partager avec le Belge Grégory Wathelet, cumulant lui aussi quatre points avec un chronomètre de 41“77. Il s’agit là de la plus belle page de la carrière de Pierre-Marie Friant, dont les portes de l’équipe de France pourraient s’ouvrir un peu plus grand. 

Les tribunes du stade François-André ont un temps cru que Simon Delestre pouvait être l’homme du jour après un premier sans-faute sur l’explosif Cayman Jolly Jumper. Le fils d’Hickstead dont le contrôle est indiscutablement à parfaire a finalement pêché sur le vertical n°2, concluant l’épreuve au septième rang. 

Avec un point de temps dépassé en première manche, Pénélope Leprevost aurait pu prétendre à un podium en cas de sans-faute dans le deuxième round. Auteur de deux parcours à quatre points dans la Coupe des nations vendredi, le puissant Excalibur dela Tour Vidal*GFE a cette fois laissé la sortie du double à terre, ce qui l’a finalement placé septième devant le sublime Chaclot, partenaire de l’Italien Riccardo Pisani, ainsi que le généreux Admara 2 avec le Colombien Carlos Enrique Lopez Lizarazo. 

Du côté des beaux espoirs, il y a indiscutablement Dallas Vegas Batilly, en qui Nicolas Delmotte semble avoir raison de croire. Engagée pour la toute première fois dans une telle épreuve à seulement neuf ans, la fille de Cap Kennedy a montré un excellent comportement en première partie d’épreuve, menée avec une immense finesse par le Nordiste. Avec deux points de temps dépassé, le couple s’est présenté une deuxième fois, laissant à terre les n°4 et 6A. Pas de quoi entacher la bonne impression laissée par l’agile et atypique baie de Laurent Guillet, pour qui le meilleur est sûrement à venir. 

Avec quatre points, Olivier Robert, Mégane Moissonnier et Julien Gonin sont restés aux portes de la seconde manche. Remarqués dans leur première Coupe des nations d’un tel niveau vendredi, la Rhônalpine et le surpuissant Cordial ont été fautifs sur le n°11b, tandis que le troisième cité a laissé toutes les barres sur les taquets avec Valou du Lys, mais a écopé de quatre points de temps. Conséquence de virages un peu trop larges, mais aussi bien sûr du nouveau règlement concernant les points de temps. 

Pour une première à un tel niveau, Bond Jamesbond de Hay a mis les n°6A et 13 à terre, montrant toutefois que les moyens ne manqueraient pas. Déception en revanche pour Philippe Rozier, dont le prometteur Le Coultre de Muze s’est arrêté à deux reprises face au double n°6. “J’aurais pu tourner plus loin, mais je le sentais bien et il sautait bien. Deux foulées avant, il a vu le double et il a bloqué. Il a dérobé une deuxième fois ensuite, mais c’est une réaction d’étalon”, a notamment expliqué le cavalier de Bois-le-Roi à l’issue du Grand Prix. Après une première faute, Atome des Étisses a quant à lui refusé une première fois le triple, avant de consentir à le franchir. Laurent Goffinet a préféré signifier son abandon au jury avant de franchir l’ultime vertical du premier parcours. Le triple a aussi été fatal au Belge Jérome Guéry, qui semblait pourtant parti pour signer un premier sans-faute avec l’exceptionnel Quel Homme de Hus. Une reprise très nette a stoppé le bai brun dans son élan, qui n’a pu franchir la combinaison du premier coup. 

Les résultats ici