Une initiation à la préparation physique des cavaliers en vue de Paris 2024

À l’occasion du Master Pro de Fontainebleau, quatorze cavaliers de saut d’obstacles ont été conviés par l’encadrement technique de la Fédération française d’équitation à une session d’initiation à la préparation physique. Ils étaient entourés d’un trio composé de Philippe Mull, écuyer du Cadre noir et entraîneur au Pôle France Jeunes FFE de concours complet, Alexis Moreau, podologue du sport, et Ralph Hippolyte, consultant ActionTypes. L’objectif est désormais de proposer des préconisations individualisées de préparation physique pour accompagner les cavaliers en vue des Jeux olympiques de Paris 2024.



Les chevaux sont de véritables athlètes, qui bénéficient des meilleurs soins afin d’être bien dans leur corps et dans leur tête. Mais il ne faut pas oublier que, pour obtenir des résultats, leurs cavaliers doivent eux aussi être en forme physiquement. Sous l’impulsion de Henk Nooren, sélectionneur et entraîneur national, et de Sophie Dubourg, directrice technique nationale, deux journées de sensibilisation en préparation physique se sont tenues les mercredi 20 et vendredi 22 avril, en parallèle du championnat de France Pro Élite. “C’est une association de professionnels qui suivent déjà, grâce à Philippe Mull, les athlètes du Pôle France Jeunes FFE de complet, sur des travaux de préférences motrices, d’optimisation des postures lors de la gestuelle sportive et surtout de proprioception favorisant le contrôle de l’équilibre. Nous avons décidé avec l’ensemble du staff fédéral de proposer aussi cela aux cavaliers d’obstacles. Ce sont des champs qui sont relativement méconnus. Ralph Hippolyte et Alexis Moreau ont beaucoup apporté à d’autres disciplines, comme l’athlétisme, le volley-ball ou la voltige”, explique Sophie Dubourg. 

Les experts ont transposé au saut d’obstacles l’expérience acquise ces dernières années auprès des jeunes complétistes. “Nous sommes orientés sur la performance et ses déterminants. Pourquoi perdre de l’énergie en essayant de compenser de petites altérations de l’équilibre ou de la motricité, alors qu’on pourrait être encore plus performant en pilotant de manière automatique son corps, sans avoir à gérer les petites douleurs qui traînent ou des dysfonctionnements évoluant de façon muette, auxquelles le corps s’adapte?”, a commencé Alexis Moreau, podologue du sport. “Nous avons regardé comment les athlètes fonctionnaient, pour essayer de savoir quelles étaient leurs forces physiques et le fonctionnement de leur corps à travers l’expertise des asymétries posturales. Comment, avant de piloter leur cheval, ils tiennent debout. Avec Philippe Mull, nous avons remarqué que le pilotage était fortement lié à la manière dont le cavalier pilotait son propre corps! Nous avons particulièrement échangé autour des forces d’impacts et des accélérations que subit le corps, notamment à la réception des obstacles. Pour ces cavaliers de haut niveau, il s’agit d’accompagner la performance à travers le temps, à savoir la gestion d’une saison, qui ne connaît pas vraiment de temps morts, et sur un temps plus long qu’est celui de la carrière. Il émerge qu’il faut beaucoup travailler le gainage, notamment sur les obliques, ne pas négliger les étirements du dos, le contrôle de l’équilibre, grâce à des exercices de proprioception, et le maintien de la posture. Nous défendons l’idée qu’il faut contrôler sa posture avant de vouloir contrôler son cheval”, poursuit-il.

Alexis Moreau en a également profité pour faire passer un message de prévention. “Une petite douleur ne doit pas être mésestimée, car cela nous fait réagir différemment par adaptation. Il faut toujours solliciter les ressources à disposition comme les médecins, ostéopathes, kinésithérapeutes ou podologues”, explique-t-il, avant de conclure : “Nous avons été très bien reçus par la FFE. L’accueil des cavaliers a été excellent. Le dialogue s’est immédiatement instauré avec eux, du fait que nous nous sommes occupés de leur corps, alors qu’ils sont souvent préoccupés par celui de leurs chevaux. Quelques-uns nous ont même remerciés de pouvoir enfin parler de tout cela et de ces difficultés corporelles qui sont souvent mises de côté.”



Une méthode qui a déjà fait ses preuves

Sportif de haut niveau pendant de longues années, joueur et entraîneur de volley-ball dans plusieurs pays, professeur à l’INSEP pendant vingt ans, accompagnant de sportifs de haut niveau et d’entraîneurs nationaux dans une trentaine de sports, Ralph Hippolyte a fait la rencontre de Philippe Mull il y a vingt ans. Depuis, il se rend régulièrement à Saumur, travaillant avec les Jeunes du Pôle France FFE de concours complet depuis quatorze ans, au rythme de dix à douze interventions par an, mais aussi avec le Cadre noir. Il a notamment créé le concept de préférences motrices ou Approche ActionTypes, en collaboration avec Bertrand Théraulaz. “Je suis ici pour analyser les préférences motrices des différents cavaliers, qui leur donnent des préférences cognitives car corps et cerveau sont liés”, explique Ralph Hippolyte, consultant dans le monde du sport. “Mettre à jour leurs points forts est intéressant. Pour moi, on ne réussit que si l’on sait les utiliser. Il s’agit donc de les trouver et de les libérer. J’utilise des tests d’équilibre qui permettent de donner une motricité et d’identifier certaines choses qui sont renforcées et donnent des prérogatives de communication. Par exemple, quand il y a incompréhension entre le coach et l’athlète, cela permet de savoir comment chacun fonctionne, pour trouver dans le dialogue une manière de faire. L’objectif est de mieux se connaître et d’être plus performant. Les cavaliers présentent plein de profils différents, mais se connaissent généralement. L’initiative de la FFE de proposer cette intervention est excellente, et l’équitation un sport très intéressant.”

Philippe Mull a mis en place une routine spécifique pour les cavaliers du Pôle France Jeunes FFE de complet, qui commencent tous leur journée par du travail d’équilibre et de proprioception. Des exercices simples qui leur permettent de mieux coordonner leur corps. “Cela nécessite des ballons mous, des petits coussins, des produits accessibles dans toutes les enseignes de sport à des prix raisonnables. Il faut rentrer dans ce processus pour que ce soit facile, cinq à six minutes par jour”, indique Alexis Moreau. “Avec les complétistes à Saumur, nous avons presque dix ans de recul. Nous savons que ce que nous pratiquons avec ces deux spécialistes fonctionne. Je suis ravi que nous puissions l’appliquer à d’autres disciplines et que le staff fédéral de saut d’obstacles s’y intéresse. Davy Delaire, entraîneur national de voltige, a également mis Lambert Leclezio entre les mains d’Alexis”, a confié Philippe Mull, écuyer du Cadre noir et entraîneur au Pôle France Jeunes. “Je suis persuadé que cela permet d’aborder l’équitation d’une manière différente, en s’occupant du physique du cavalier, et de prévenir des blessures. En tant qu’entraîneur, les profils me permettent de connaître plus vite mes athlètes, de perdre moins de temps à les observer et à essayer des choses qui ne fonctionneraient potentiellement pas. Le profil physique et mental du cavalier me permet d’être opérationnel immédiatement”, poursuit-il.



Un suivi à long terme en vue des Jeux de Paris

“On voit tout de suite que ce trio, qui donne des pistes vraiment individualisées, intéresse beaucoup les cavaliers. L’objectif est de les accompagner avec une meilleure préparation personnalisée pour les Jeux olympiques de Paris. Un suivi va être mis en place. Cette sensibilisation à Fontainebleau était plutôt poussée et un point sera fait avec chacun”, précise la directrice technique nationale. “Cela fait quelques années que je me suis penché sur mon physique. Nous avons besoin de notre corps car nous vivons des carrières très longues”, rappelle Marc Dilasser, membre de l’équipe de France. “Jeune, nous compensons plein de choses, mais au bout d’un moment, cela nous rattrape. Tous les jours, j’essaie de reproduire des exercices que j’ai piochés chez tous les coaches avec lesquels j’ai travaillé. Ce genre d’intervention est toujours très intéressante. L’approche était globale, à la fois psychologique, motrice et posturale, avec différents intervenants. J’ai trouvé ça chouette et enrichissant.”

Les pieds ou les aplombs ont été observés, un peu comme pour les chevaux! Il y a ensuite eu un petit test psychologique avec Ralph Hippolyte, qui était très fort, c’était assez surprenant!”, décrit Mathieu Billot, sélectionné l’an passé aux JO de Tokyo puis aux Européens de Riesenbeck. “C’est une bonne chose, car cela nous permet de mieux nous connaître et d’effectuer un travail en amont des grandes échéances. J’ai notamment travaillé en matière de podologie, pour être bien en selle, avec vraiment la même longueur d’étriers de chaque côté. Nous aurons désormais la possibilité d’effectuer des tests supplémentaires à Saumur. On voit que la fédération s’occupe de nous et que nous ne sommes pas lâchés dans notre coin.” S’il reste encore plus de huit cents jours avant le lancement des épreuves olympiques, la préparation des équipes de France est bel et bien amorcée!