“Les Jeux olympiques seraient un aboutissement”, Grégory Bodo

Grégory Bodo est reconnu comme l’un des meilleurs chefs de piste de sa génération. Le Français, originaire de Forbach, en Moselle, dessine des parcours de saut d’obstacles depuis plus de vingt ans et a acquis une renommée internationale. Plébiscité par tous pour ses parcours respectueux des chevaux, le quadragénaire, soutenu par la Fédération française d’équitation, est candidat pour officier aux Jeux olympiques de Paris 2024. À l’occasion de l’Officiel de France qui s’est tenu le mois dernier à La Baule, la rédaction de la Fédération française d’équitation est partie à sa rencontre, occasion pour laquelle il a signé pour la première fois de sa carrière le tracé d’une Coupe des nations du plus haut label. À noter, dès demain le Français s'attèlera aux parcours du CSI 3* de Cabourg, organisé par les équipes de GRANDPRIX Events. 



Vous êtes chef de piste niveau quatre, plus haute distinction de la Fédération équestre internationale (FEI), depuis 2019. Comment en êtes-vous arrivé là?

Avant cette nomination, j’ai engrangé de l’expérience et ai dû être visible auprès des cavaliers et de la FEI sur différents événements majeurs depuis 2014. J’ai été assistant officiel aux Jeux équestres mondiaux de Caen qui se sont tenu en Normandie, aux championnats d’Europe Jeunes en Slovaquie, puis j’ai moi-même été chef de piste à Fontainebleau, en Seine-et-Marne, en 2018 pour l’échéance continentale Jeunes. Cette même année, j’ai été assistant lors de la finale de la Coupe du monde FEI à Paris, donc j’avais déjà à mon actif différentes expériences sur ces événements majeurs en parallèle des concours que j’effectue dans le schéma, dit classique, des CSI 2 à 5*.

En 2017, j’ai eu l’opportunité de construire ma première Coupe du monde à Lyon. À partir du moment où l’on met le pied dans le haut niveau, que tout se passe correctement et qu’on intègre le haut du panier de l’élite mondiale, on acquiert une certaine notoriété. Tout ce travail effectué permet de postuler au niveau quatre, une distinction donnée par la FEI et donne le droit de construire un championnat au niveau mondial. Nous sommes aujourd’hui une petite trentaine de chefs de piste de ce niveau, dont deux Français, Frédéric Cottier et moi-même. 

Après avoir été assistant aux Jeux olympiques de Tokyo ainsi qu’aux championnats d’Europe en 2019 et 2021, votre ambition est désormais d’officier en tant que chef de piste aux Jeux de Paris 2024…

Je ne me suis jamais caché là-dessus depuis plus d’un an. La nomination du chef de piste est en cours et devrait être officialisée dans les prochaines semaines. C’est quelque chose que j’ai en perspective, un objectif. Beaucoup de personnes autour de moi, de la fédération, dans la corporation des chefs de piste, chez les cavaliers, me soutiennent pour essayer d’obtenir cette distinction qui permettrait de me dire: “tu as les commandes des prochains Jeux olympiques qui vont se tenir en France!”. Je suis encore jeune mais ce serait un aboutissement de mon parcours effectué ces dernières années. Que la réponse soit positive ou négative, j’espère que cela contribuera à me faire accéder à de nouveaux événements et challenges.

Que vous apporte la construction des parcours d’un CSIO 5* comme celui de La Baule, qui est un terrain réputé?

Construire une Coupe des nations puis un Grand Prix est le schéma classique des CSIO. C’est un honneur pour moi d’être ici, sur un terrain français et mythique, qui rayonne dans le monde depuis de nombreuses années à travers son Officiel de France, ses championnats d’Europe, etc. Nous sommes aussi dans une ville où le public est formidable, il y a beaucoup d’émotions et d’enthousiasme, un grand terrain en herbe arboré de multiples paysages naturels comme un lac et des buttes qui permettent d’accueillir le fameux Derby. 

C’est une reconnaissance des organisateurs français, de la FFE et une marque de confiance qui m’est accordée par les cavaliers de l’élite mondiale.

 



“Je joue beaucoup sur la délicatesse et la subtilité”

C’est une étape logique d’être à la tête du plus important concours français avant, potentiellement, les Jeux olympiques? 

Il faut passer par là car je postule pour les Jeux. Si on me permet d’y accéder, et que sur mon CV, je n'ai pas construit de Coupes des nations en CSIO 5*, en France ou à l’étranger, cela serait un grain de sable dans le rouage, c’est certain. C’est une étape de mon parcours, je grandis au fur et à mesure: il y a eu ma première étape Coupe du monde, mon premier CSI 5*, puis je suis entré sur le circuit du Longines Global Champions Tour, le championnat d’Europe Jeunes avant d’être officiellement assistant pour deux championnats d’Europe, deux finales de la Coupe du monde FEI, et aux Jeux olympiques de Tokyo. 

Quelles distinctions fait-on entre le chef de piste et ses assistants? 

Le chef de piste principal détermine les parcours, les combinaisons techniques auxquelles les cavaliers vont être confrontés. Il doit être entouré d’une très bonne équipe en laquelle il a confiance, c’est indéniable. Cette dernière peut lui apporter des conseils, de l’aide et du soutien. L’esprit d’équipe est important. Elle lui donne son avis et le travail à faire sur les grands événements comme les Jeux olympique où le niveau est tellement élevé qu’il est nécessaire d’avoir des proches et une garde rapprochée qui puissent reprendre certaines choses: des détails de dernières minutes, des vérifications, le calage des obstacles, afin que rien ne soit laissé au hasard. Nous n’avons pas le droit à l’erreur.   

Y-a-t-il un style Grégory Bodo dans la construction des parcours ? 

La question m’est souvent posée, ce serait aux cavaliers d’y répondre. Il y a des paramètres sur lesquels je suis très à cheval: la protection du bien-être animal, que je revendique depuis longtemps, mais j’aime aussi proposer des parcours dans le mouvement en avant, de proposer des difficultés que seuls les cavaliers peuvent résoudre. Ce n’est pas une chose facile. Les tracés doivent permettre aux pilotes de réfléchir pour prendre une décision, qui sera sanctionnée s’il y a une erreur de pilotage, sans que ce ne soit le cas du cheval. Si ce dernier l’est, c’est qu’il ne dispose pas forcément du niveau requis pour l’épreuve en cours. Je joue beaucoup sur la délicatesse et la subtilité, jamais sur des efforts inconsidérés, des hauteurs et des largeurs exagérées. Ce sont des parcours où il ne faut rien laisser au hasard de la ligne de départ à celle d’arrivée. Tout est “à protéger”, il n’y a pas une partie où les cavaliers peuvent se relâcher, avec des fautes commises partout et non pas un juge de paix. Cela étant, nous restons humains, rien n’est mathématique et ne sort d’une machine, donc il se peut qu’il y ait des composantes hors de notre volonté qui perturbent les choses. 

Que voulez-vous apporter à notre sport? 

Que notre sport puisse continuer longtemps à resplendir à travers le monde, puisse augmenter sa notoriété auprès d’un public pas forcément connaisseur, ce qui est important, à travers l’abondance des médias. Que notre sport continue à être une forme d'amusement pour les chevaux, un show pour le public, qu’il soit considéré comme un spectacle où le parcours nous tient en haleine et qui récompense les meilleurs couples parce qu’il y aura une belle victoire.