Passionnément Genève : Kevin Staut prend une autre dimension en 2010

Alors que Philippe Rozier était devenu le premier vainqueur du Grand Prix 5* de Genève en 1991, lors de la première édition, Kevin Staut était devenu le deuxième Français de l'histoire à y inscrire son nom, en 2010. Associé à sa fidèle et inoubliable Silvana de Hus, le Normand avait décroché le premier Grand Prix 5* de sa carrière. Revivez cette victoire dans le cadre d'une série d’articles, illustrés de vidéos, consacrés aux plus belles victoires françaises dans l'un histoire récente du CHI de Genève, dont l’édition 2022 est programmée du 7 au 11 décembre à Palexpo.



12 décembre 2010. 

Numéro un mondial depuis six mois, Kevin a dû attendre ce fameux dimanche après-midi de décembre 2010 pour remporter son tout premier Grand Prix 5* (voir vidéo en bas d'article). À cette époque, le Normand, cavalier de saut d’obstacles de proue du haras de Hus, est le deuxième français de l’histoire à occuper ce trône, dix-huit ans après le grand Éric Navet. Médaillé d’or en individuel aux championnats d’Europe de Windsor en 2009 et d’argent par équipes aux Jeux équestres mondiaux de Lexington l’année suivante, mais aussi neuvième du Grand Prix 5* de Bordeaux, onzième à Vigo, quatorzième à Göteborg, quatrième à Paris, quatorzième à La Baule, deuxième à Cannes, cinquième à Aix-la-Chapelle, troisième à Hickstead, deuxième à Dublin, cinquième à Valkenswaard, deuxième à Gijón, quatrième à Madrid, quatrième à Oslo, neuvième à Helsinki, sixième à Lyon ou encore sixième à Vérone, Kevin Staut enchaînait littéralement les accessits sans parvenir à accrocher la première place. Ce jour-là, sur la mythique piste de Palexpo, Kevin Staut, déjà en tête du circuit de la Coupe du monde après cinq étapes, a enfin réussi à monter sur la première marche du podium d’un Grand Prix 5*. 

En première manche, le Normand et sa belle grise déroulent d’abord un sans-faute magistral, comme sept autres de leurs adversaires. Il s’agit d’ailleurs de la première fois depuis très longtemps qu’aucun représentant suisse ne parvient à se qualifier pour le barrage, alors qu’ils n’étaient pas moins de neuf à prendre le départ. Même la star incontestable du pays, Steve Guerdat, ne peut éviter deux barres avec sa Jalisca Solier adorée, tout comme son compatriote Beat Mändli, juché sur Magnus Romeo, qui performera par la suite avec l’Allemand Hans-Dieter Dreher. Même Pénélope Leprevost et son fidèle Mylord Carthago*HN récoltent le même score, terminant trente et unième, juste devant son coéquipier Patrice Delaveau avec Nayana - qui brillera elle avec la Normande dès l’année suivante. À seulement quatre points de s’offrir un ticket pour le deuxième tour, on peut citer Edwina Tops-Alexander et le vaillant Itot du Château, Denis Lynch et Lantinus, ou encore Ludger Beerbaum et l'élégant Coupe de Cœur, qui pèchent pour une petite barre. 

Parmi les huit cavaliers ayant bouclé le score parfait au tour initial, on retrouve une quantité de stars d’une qualité incroyable: Sergio Alvarez Moya avec Action-Breaker, Meredith Michaels-Beerbaum et Shutterfly, Luciana Diniz sur Lennox, Rolf-Göran Bengtsson avec Quintero Ask, Harrie Smolders sur Regina Z, Pilar Lucrecia Cordon avec Nuage Bleu, et même le couple champion olympique en titre, Éric Lamaze et Hickstead! De quoi faire pâlir les plus grands, et émouvoir les plus nostalgiques.



Silvana supplante quelques-unes des plus grandes légendes de sa discipline!

Kevin Staut et Silvana de Hus à la remise des prix.

Kevin Staut et Silvana de Hus à la remise des prix.

© Scoopdyga

Lors de ce barrage à huit, seulement deux des prétendants ne parviennent pas à doubler le sans-faute, Pilar Lucrecia Cordon et Harrie Smolders butant en chemin, tandis que tous les autres se succèdent pour abaisser le chronomètre! Si Sergio Alvarez Moya prend son temps avec Action-Breaker, sûrement plus à l’aise sur de grands terrains extérieurs comme Aix-la-Chapelle, où il terminait troisième du Grand Prix quelques mois plus tôt, Luciana Diniz et Lennox franchissent la ligne d’arrivée avec trois secondes de moins, en 34’’39. Meredith Michaels-Beerbaum leur met à son tour une seconde dans la vue, associée au bondissant Shutterfly, mais Rolf Göran Bengtsson est encore plus rapide avec l’élégant Quintero Ask, bouclant son parcours en 32''88. 

Mais alors qu’il ne reste qu’un cavalier à partir, c’est bien Éric Lamaze qui est installé en pole position. Déjà victorieux de ce mythique Grand Prix Rolex en 2008, le Canadien et son même légendaire Hickstead déroulent un barrage somptueux. Lancés à pleine balle, les deux complices n’effleurent pas une barre et galopent en avançant, n’effectuant aucune reprise de rythme. Après une dernière ligne extrêmement rapide pour aller chercher l’ultime vertical, le couple arrête le chronomètre à 32’’65, avec vingt-trois centièmes d’avance sur Rolf-Göran Bengtsson. 

Kevin Staut est le dernier à partir. Associé à sa fidèle Silvana, appelée de Hus à l’époque, n'ayant été acquise par le haras des Coudrettes qu'en fin d'année 2011, le Normand démarre en trombe. Après un superbe saut sur le deuxième vertical, abordé avec un angle finement choisi, il parvient à prendre la première foulée pour aller sauter l’oxer suivant, avant de dessiner un virage beaucoup plus serré et rapide qu’Éric Lamaze derrière le fameux “mur aux vaches”. Grignotant de précieux centièmes de seconde à cet endroit, il poursuit son barrage en relançant sa flamboyante grise. Malgré une légère reprise à l’abord du dernier vertical, le numéro un mondial franchit la ligne d’arrivée en 32’’50: il a gagné! Acclamé par un public survolté, Kevin brandit son casque vers le ciel, affiche ce fameux sourire qu’on lui connaît bien et savoure pleinement sa victoire, qu’il arrache face à un parterre de stars d’une qualité rare. Le pilier de l’équipe de France a enfin remporté son premier Grand Prix 5*! “Il y a eu des bonnes performances en championnats, dont un titre aux derniers Européens, et une régularité sur toute la saison, mais je n’avais jamais encore gagné de Grand Prix 5*”, réagit le lauréat en conférence de presse quelques minutes plus tard. “C’est génial de remporter une étape de la Coupe du monde, qui plus est celle de Genève, et je suis d’autant plus content que j’aimé la manière dont j’ai gagné. Battre Hickstead et Shutterfly, ce sont de grands moments de sport. On se souviendra que j’ai gagné, mais je me souviendrai surtout que j’ai été au-delà de mes espérances et au-delà de mes capacités. D’habitude, je suis plutôt prudent sur mes barrages. Cette fois-ci, je me suis dit que je pouvais quand même essayer, après tous les derniers Grands Prix dont je me suis sorti sans faute cette année. Jamais je ne m’étais laissé aller comme cela et cette victoire une énorme satisfaction!”