Richard Vogel et United Touch touchent le jackpot à Aix-la-Chapelle, où leurs adversaires répètent leurs gammes pour les Mondiaux
Déjà lauréats du Grand Prix Rolex de Bois-le-Duc en mars, Richard Vogel et United Touch S viennent de réaliser le doublé en s'imposant à Aix-la-Chapelle!! Les cracks allemands ont été imperturbables cet après-midi, résistant à la pression d'un barrage à trois. En empochant cette nouvelle étape du Rolex Grand Chelem, ils s'offrent également le juteux bonus financier de 500.000 euros promis en cas de doublé! Devancé de près de deux secondes, José Maria Larocca a créé la surprise en terminant deuxième avec Finn Lente, tandis que Sophie Hinners et Singclair*Iron Dames ont complété ce podium à majorité allemande.
Richard Vogel et United Touch S.
© Dirk Caremans/Hippo Foto
Au CSI 5* d’Aix-la-Chapelle, ce week-end, ne se jouait pas uniquement un test grandeur nature pour les championnats du monde, qui se disputeront sur cette même piste au mois d’août, pas moins qu’une chasse aux sans-faute pour convaincre les divers chefs d’équipe d’effectuer la bonne sélection pour ce rendez-vous planétaire. En tout cas, pas pour Richard Vogel, sacré champion d’Europe il y a moins d’un an à La Corogne avec son extraordinaire United Touch S, dont la non-sélection pour les Mondiaux relèverait soit d’un choix personnel biscornu soit d’un scandale d’État. Ce matin, l’Allemand de vingt-neuf ans s’est surtout réveillé en se disant qu’il avait une chance de pouvoir remporter le plus mythique des Grands Prix de jumping pour la première fois de sa carrière, mais aussi d’empocher un juteux bonus financier de 500.000 euros, en plus des 450.000 promis au vainqueur! En effet, le 15 mars, le binôme qu’il forme avec United Touch S avait déjà fait main basse sur le Grand Prix Rolex du CSI 5* de Bois-le-Duc, première des quatre étapes annuelles du Rolex Grand Chelem, lui conférant ainsi le statut de candidat à un bonus financier s’il parvenait à remporter deux étapes d’affilée.
De fait, aujourd’hui, le cavalier de United Touch S pouvait “tout perdre ou tout gagner”, selon ses propres mots. Le destin a retenu la seconde option puisqu’il avait vraisemblablement prévu que le cavalier réalise l’exploit de décrocher ce Grand Prix Rolex avec son fidèle étalon bai. Auteurs d’impeccables sans-faute dans les deux premières manches, le duo germanique a réitéré sa performance dans un barrage qui aura réuni deux autres couples: Sophie Hinners avec Singclair*Iron Dames, et José Maria Larocca sur Finn Lente. L’Allemande, ouvreuse de la finale au chronomètre, a bouclé une excellente prestation, comme lors des deux premières manches, mais son chronomètre de 51’’62 a facilement été abaissé. L’Argentin, qui a lui fermé la marche, a pris un peu plus de risques et a bien essayé de planter le drapeau argentin sur la piste de la Soers pour la deuxième fois de l’histoire, soixante et un ans après la victoire d’Hugo Miguel Arrambide et Chimbote. Hélas pour lui, la rapidité de Finn Lente n’a pas su compenser avec l’immense amplitude de United Touch S, et le duo a franchi la ligne d’arrivée avec plus d’une seconde et demie de retard. “Je savais que ça allait être difficile de les battre”, a reconnu après coup le premier dauphin de Richard Vogel.
“Pour l’instant, je savoure juste le fait d’avoir réalisé un rêve d’enfant, qui était de m’imposer à Aix-la-Chapelle”, a confié le lauréat en conférence de presse (lire sa réaction ici), rappelant au passage qu’il avait déjà effleuré cet exploit en 2024, lorsqu’il avait vu la victoire lui échapper pour une barre tombée sur le dernier obstacle. “Je n’ai pas du tout encore en tête le CSIO 5* de Calgary (où il aura cette fois-ci la possibilité d’empocher un bonus d’un million d’euros au titre de trois victoires successives, ndlr)”, a-t-il complété. Un fait sur lequel il devrait se pencher d’ici quelques semaines, d’autant que l’événement canadien est prévu seulement deux semaines et demie après les Mondiaux…
Nina Mallevaey signe la meilleure performance tricolore
Terminant à la dix-septième place du classement, Nina Mallevay a réalisé le meilleur résultat des cinq français qui étaient parvenus à se qualifier pour cette épreuve – parmi les étrangers non retenus, on citera surtout l’Américain Karl Cook, que l’on aurait adoré voir disputer son premier Grand Prix d’Aix-la-Chapelle avec Caracole ou Foxy de la Roque. La facilité avec laquelle Nina Mallevaey et la performante Dynastie de Beaufour avaient survolé la première manche avait laissé espérer une plus belle issue… On imaginait même que les deux partenaires, portées par une flopée d’accessits, auraient une chance de planter le drapeau français sur la première marche du podium, ce qui n’est pas arrivé depuis la victoire de Marcel Rozier et Sans Souci en 1971. Hélas, en seconde manche, le duo a buté sur deux des trois derniers obstacles. Ce n’est que partie remise.

Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour. © Dirk Caremans/Hippo Foto
Cette seconde manche, concoctée comme toujours au parc de la Soers par le chef de piste allemand Frank Rothenberger, s’est avérée correctement sélective, la Nordiste n’ayant pas été la seule à être passée d’un parcours parfait à un score alourdi. Daniel Deusser, associé au régulier Otello de Guldenboom, a également récolté huit points au second tour alors qu’il avait survolé le premier. De son côté, le numéro un mondial Kent Farrington, qui avait débloqué le compteur des scores parfaits au tout début, n’a pu empêcher sa pétillante Greya de faire tomber l’oxer sur bidet numéro 5. Même topo pour le Néerlandais Willem Greve et le puissant Grandorado TN NOP, ainsi que le Suisse Martin Fuchs sur Conner Jei, qui ont eux buté sur le triple.
Henrik von Eckermann prend des infos pour les Mondiaux…
Lillie Keenan a connu le même scénario que les derniers cités. Après un splendide premier passage, la jeune Américaine a écopé d’une faute sur l’oxer de sortie du double 7 au second tour. Toutefois, sa prestation avec le super Fasther a de quoi la réjouir. Lauréate de l’épreuve majeure d’hier avec Kick On, l’étalon qui lui avait permis de finir onze puis dixième de ses deux finales de la Coupe du monde Longines, l’Américaine est désormais assurée que ses deux chevaux de tête se sentent à l’aise sur la piste si particulière d’Aix-la-Chapelle en vue des Mondiaux, ce qui constituait tout de même l’objectif de la semaine pour bon nombre d’engagés.
Henrik von Eckermann est lui aussi sûrement un peu rassuré ce soir. Alors qu’il avait confié au magazine GRANDPRIX, fin 2025, souhaiter préparer le prometteur Steely Dan pour les Mondiaux, ce dernier semble hélas avoir eu besoin d’une petite convalescence entre les mois de novembre et d’avril, ce qui a probablement eu pour conséquence une reconfiguration des objectifs. Bien décidé à être de la partie cet été, celui qui remettra son titre de double champion du monde en jeu avait cet après-midi choisi de tester Qasirah van de Reistenhoek, une prometteuse jument dont Georg Kähny, partenaire du Suédois, avait racheté la totalité des parts en fin d’année dernière. Sans-faute en première manche, le duo que forme le multimédaillé et la BWP formée par le Belge Viktor Daem a manqué de récidiver en seconde, mais l’avant-dernier obstacle est tombé… En tout cas, Henrik von Eckermann a peut-être trouvé un excellent plan B; voilà qui tombe à pic pour son chef d’équipe Henrik Ankarcrona, tant les troupes de la nation tenante du titre semblent être en difficulté…
Le score a été plus lourd du côté de Gilles Thomas et d’Ermitage Kalone, qui ne s’étaient jamais produits sur la piste de la Soers avant ce week-end. Au début, les doubles médaillés des Européens de La Corogne montraient une belle aisance, mais, à partir du franchissement de la rivière, les choses se sont gâtées et ils ont payé cette détérioration dès l’entrée du plus célèbre des doubles de bidets. Le cavalier belge est en tout cas reparti d’Allemagne avec des enseignements précieux pour les Mondiaux, tout comme l’Autrichienne Katharina Rhomberg, qui a elle carrément essuyé un refus du talentueux Cuma 5 sur cette mythique combinaison…
Gilles Thomas et Ermitage Kalone.
© Dirk Caremans/Hippo Foto
… tout comme Simon Delestre et Julien Épaillard
Kevin Staut et Féline de Hus*HDC.
© Sportfot
Les Bleus aussi ont pu prendre des infos tout au long du week-end, et particulièrement aujourd’hui. Rappelons que la particularité de la piste d’Aix-la-Chapelle ne saurait se résumer ni à sa taille, ni aux parcours qui y sont construits, ni même à son parc d’obstacles, et que le public et l’ambiance qui y règne – surtout le dimanche, dans un format de concours réduit à trois jours comme cette année – peut changer beaucoup de choses. Julien Épaillard et Simon Delestre ont pu en témoigner avec leurs respectifs Fringan de Vesquerie et Golden Boy DK.
Le premier duo, qui avait récolté huit puis quatre points dans ses deux autres épreuves du week-end, a mal commencé puisqu’il a directement mis à terre le premier obstacle… Il n’est finalement ressorti qu’avec une faute supplémentaire, concédée sur l’entrée du double de bidets. “C’est quand même positif”, retient le chef d’équipe Édouard Coupérie, qui confirme avoir vu le cheval bien plus à l’aise aujourd’hui, et rappelle que son cavalier avait initialement prévu de participer à ce Grand Prix avec Le Coultre de Muze.
Le deuxième binôme, qui avait enregistré un sans-faute vendredi et quatre points hier, a lui accusé un lourd score de seize points… Semblant moins à l’aise que les jours précédents, fuyant bien plus vers la barre que d’habitude, l’alezan de Simon Delestre a péché sur l’oxer en milieu de triple, la rivière et les deux éléments du double de bidets. Un résultat assez inhabituel pour le duo, qui a accumulé plusieurs classements depuis le début de l’année. “C’est décevant, mais j’espère que cela n’est que le signe d’une petite méforme passagère. Ce n’est pas rédhibitoire”, assure le sélectionneur.
A contrario, ce dernier peut être ravi du comportement de Floyd des Prés, qui a une nouvelle fois été monté avec une grande finesse par Antoine Ermann. Le couple, qui avait renoué avec les parcours à 1,60 m à Fontainebleau le mois dernier, a quitté la piste avec deux fautes sur le dernier double, mais s’est montré très à l’aise, y compris sur le double de bidets, que redoutait un poil Édouard Coupérie. Prochain rendez-vous pour ces trois combinaisons: le CSIO 5* de La Baule, début juin.
Quant à Kevin Staut, qui avait choisi de lancer dans le très grand bain Féline de Hus*HDC, le couple a réalisé un très beau début de parcours. La petite-fille de l’inoubliable et attachante Silvana*HDC, qui n’avait jusqu’ici affronté que quatre épreuves à 1,60 m – l’Equita Masters du CSI 5*-W de Lyon, les Grands Prix secondaires des CSI 5*-W de Bâle et de Bordeaux, ainsi que la Ligue des nations Longines du CSIO 5* d’Ocala -, s’est montrée combattive et plutôt à l’aise. La fin du parcours, à partir du double de bidets, a été plus difficile pour la grise de onze ans, qui a légèrement baissé de pied, mais c’est de très bon augure. Affaire à suivre, puisque rappelons que, pour l’heure, le duo ne figure pas sur la longue liste des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle.

