L’Allemagne s’offre enfin le Graal à domicile, tandis que les Bleus arrachent in extremis leur ticket pour LA

Ce soir, à Aix-la-Chapelle, l’Allemagne a résisté à la pression de ses milliers de supporters pour s’imposer sur le toit du monde. Seize ans après son dernier sacre, elle a relégué la Belgique, championne d’Europe en titre, et la Grande-Bretagne, championne olympique en titre. La France, elle, a décroché sa qualification olympique sur le fil.



© Benjamin Clark/FEI

Sans leur champion olympique Christian Kukuk, resté sur le banc avec Checker 47, et même sans son équipe initialement choisie par Otto Becker, André Thieme s’étant désengagé mi-juillet en raison d’une baisse de forme de sa championne d’Europe Chakaria DSP, l’Allemagne est montée sur le toit du monde ce soir. Au-dessus de la mêlée depuis le premier jour, elle s’est offert le Graal, la chose qui lui avait échappé aux Jeux équestres mondiaux de 2006 et aux Européens de 2015: une médaille d’or par équipes à Aix-la-Chapelle, dans son jardin. Devant des tribunes survoltées, qui ont enchaîné les standing ovations à chaque rotation, la Mannschaft est en effet devenue championne du monde. Le crédit revient à Marcus Ehning, ouvreur efficace sur Coolio 42, Sophie Hinners, qui n’a concédé qu’un point de temps avec Iron Dames Singclair, Daniel Deusser et Otello de Guldenboom, qui ont délivré le titre sous des “hourras” du public au terme d’un sans-faute, et enfin Richard Vogel et United Touch S, dont les deux points de temps dépassé n’ont compté que pour son compteur individuel mais dont le superbe parcours a parachevé cette soirée de rêve pour les supporters allemands et les amoureux du grand sport. Pour les trois derniers cités, il s’agit du premier Mondial vécu dans ce temple des sports équestres qu’est Aix-la-Chapelle.

Pour Marcus Ehning, en revanche, cette médaille a probablement un petit quelque chose en plus. Un goût de revanche, voire de réparation. En tout cas, c’est probablement ce que les passionnés du sport (ou les plus âgés) ont pensé et en retiendront. Car si ses trois coéquipiers n’étaient encore que des adolescents en 2006, le centaure était bien là pour le rendez-vous planétaire qui avait déjà eu lieu à Aix. Mais, il y a vingt ans, le pilote n’avait décroché “que” le bronze par équipes. Surtout, il l’avait décroché après avoir essuyé un terrible refus de son emblématique Noltes Küchengirl sur un mur en forme de timbre dans la finale. Un refus qui avait précédé une série cauchemardesque pour le pilote, dont le point culminant avait été son élimination des championnats d’Europe de Mannheim en 2007 après une multitude de refus. Il avait “déstabilisé” sa jument par une “mauvaise équitation”, selon ses propres mots de l’époque. Aujourd’hui, le couple qu’il forme avec Coolio 42 a connu quelques sursis sur le parcours, mais a su trouver la ressource pour en sortir sans faute et lancer idéalement l’équipe. “Vingt ans après, c’est incroyable pour moi d’être là”, a sobrement déclaré le pilote en conférence de presse. Bref, on est heureux pour ce cavalier légendaire.



Les champions d’Europe et les champions olympiques s’avouent vaincus

Thibeau Spits et Impress-K van't Kattenheye.

Thibeau Spits et Impress-K van't Kattenheye.

© Benjamin Clark/FEI

La Belgique, championne d’Europe en titre depuis l’année dernière, a elle dû faire sans Ermitage Kalone, le double médaillé des Européens de La Corogne sous la selle de Gilles Thomas ayant déclaré forfait fin juillet, et sans Bond Jamesbond de Hay, le complice du pilier Grégory Wathelet n’ayant pas retrouvé tout son éclat depuis sa convalescence. Et cela ne l’a pas empêchée, elle non plus, de monter sur le podium! Médaillées d’argent, les troupes de Weinberg – qui devait certainement être doublement fou de joie ce soir puisqu’il n’est pas belge mais allemand – ont été à la hauteur de l’enjeu. Les deux finishers Thibeau Spits et Abdel Saïd ont sorti les sans-faute suffisants pour maintenir la Belgique à la bonne place, tandis que Pieter Devos a concédé quatre points sur la brillante Casual DV et Nicola Philippaerts huit avec la bouillante Katanga van het Dingeshof. 

De son côté, la Grande-Bretagne, médaillée d’or un an plus tôt que la Belgique mais aux grandioses Jeux olympiques de Paris 2024, a pu compter sur les quatre forces motrices de ses effectifs cette semaine – la fabuleuse Millfield Colette, vice-championne d’Europe par équipes l’année dernière avec Donald Whitaker, étant absente depuis le mois de mars. Ce soir, les trois piliers d’équipe que sont Ben Maher, Harry Charles et Scott Brash ont tout donné avec leurs respectifs Point Break, LT Holst Freda et Hello Mango pour monter sur le podium, effaçant ainsi les quinze points d’Adrian Whiteway et Chacco Volo. Peut-être l’Écossais, parti en dernier, ressentira-t-il un peu de frustration d’avoir fait tomber le premier obstacle à terre, laissant ainsi s’échapper le titre de vice-champions du monde, mais une médaille de bronze vaut mieux qu’une médaille en chocolat! 

C’est d’ailleurs probablement ce que doivent se dire les États-Unis, qui talonnaient l’Allemagne depuis le début et ont dû se résoudre à une décevante quatrième place… Laura Kraut et Baloutinue avaient ouvert le score par quatre points, puis Katherine A. Dinan, déjà très fébrile dans la Chasse le premier jour, a abandonné après une grosse faute d’Out Of The Blue SCF sur la sortie du triple puis une dérobade devant la rivière, contraignant ses deux coéquipiers suivants à assurer le score vierge. S’il n’est jamais très bien vu d’abandonner dans un grand rendez-vous par équipes, cela demeure préférable à un parcours qui tourne mal… Hélas, Lillie Keenan et son mentor McLain Ward n’ont pas réussi à redresser la barre suffisamment, la première ayant récolté deux fautes avec Fasther.



Les États-Unis étant qualifiés d’office pour les prochains Jeux olympiques, la France arrache in extremis le dernier ticket

Heureusement, d’ailleurs, que les États-Unis, qualifiés d’office pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 en tant que nation hôte, ont fini en haut du classement, car cela a permis à la France d’obtenir le dernier des sept tickets de qualification mis en jeu à ces Mondiaux. En effet, les Bleus, sixièmes hier, n’ont pas su réduire l’infime écart (moins d’une barre) qui les séparaient du podium. Au contraire, ils l’ont hélas creusé, ajoutant seize points à leur compteur, pour hériter d’une décevante huitième place. 

Il faut bien dire que les choses ont commencé à sentir mauvais quand les métronomes Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour ont buté sur l’entrée du délicat double 10, composé d’une spa puis d’un vertical surmonté d’une palanque, à la première rotation. “Une faute que je n’arrive pas à expliquer”, s’est même étonnée la Nordiste en sortie de piste. Après elle, Olivier Perreau et GL events Dorai d’Aiguilly n’ont pas fait mieux, enfin presque: le couple a littéralement survolé toutes les difficultés majeures du parcours, qu’il s’agisse du triple vertical-oxer-oxer et de son enchaînement avec la rivière, ou de ce fameux double 10, mais a péché sur l’oxer 12 en fin de parcours. Antoine Ermann et Floyd des Prés ont enfoncé le clou avec un score de huit points, dont a également écopé Julien Épaillard et Fringan de Vesquerie en fermeture. Que dire, si ce n’est que les supporters français espéraient forcément mieux compte-tenu de la dynamique observée ces derniers mois. 

Au moins, l’année 2027 sera “tranquille” pour l’équipe de France, qui pourra se concentrer sereinement sur l’obtention d’une nouvelle médaille olympique. Gageons que, d’ici-là, les Bleus s’endurcissent encore davantage et fassent grossir leurs rangs, d’autant qu’il n’est pas impossible que certains d’entre eux s’en éloignent… “Nous recevons de grosses offres pour Floyd”, avait en effet déclaré, à l’automne dernier, Vincent Goudin, propriétaire de l’alezan. “Antoine rêve d’aller à ces Mondiaux, qui me font également déjà beaucoup vibrer, mais nous avons tous des responsabilités. Je ne peux pas garantir que nous refuserons des sommes irrationnelles…”, avait-il prévenu, en toute transparence. Affaire à suivre...

Antoine Ermann et Floyd des Prés. Crédit PSV/FFE



La Suède n’est plus ce qu’elle était, les Pays-Bas manquent la qualification olympique

En plus de l'Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne et la France, ce sont l’Italie, la Suisse et l’Irlande qui ont obtenu leur qualification olympique. Ce qui n’est pas le cas de la Suède, qui termine dixième après avoir rajouté pas moins de cinquante-cinq points à son compteur en l’espace d’une soirée. Objectivement, la nation scandinave, qui avait roulé sur la concurrence aux JO de Tokyo en 2021 puis aux Mondiaux de Herning en 2022, puis dans une moindre mesure aux Européens de Milan en 2023, n’est plus ce qu’elle a été. Petronella Andersson, nouveau visage de l’équipe, a décidé d’abandonner avec Odina van Klapscheut lors de la première rotation, l’ancien numéro un mondial Henrik von Eckermann a laissé deux barres à terre avec Minute Man, tandis que Wilma McMahon a accusé seize points avec sa fidèle et d’habitude très appliquée Cicci BJN. Quant à Peder Fredricson, icône suédoise aux multiples médailles, il faut bien avouer qu’il ne s’est pas montré à son meilleur niveau cette semaine, enchaînant des parcours relativement poussifs avec Alcapone des Carmille. Ce soir, il a atteint un score record de trente et un points… Un crève-cœur pour ses admirateurs.



En individuel, Steve Guerdat prend la tête des opérations

Un point sur l’individuel: après la troisième épreuve, Steve Guerdat a pris la tête des opérations après un parcours sans faute dont seul lui a le secret, associé à une Dynamix de Bélhème combative. Mais… il ne détient pas la pole position à lui seul puisqu’il est à égalité de points (0.86) avec Daniel Deusser et Otello de Guldenboom! Ben Maher, Marcus Ehning et Sophie Hinners complètent ce Top 5 très germanique, tandis que Nina Mallevaey est seizième. La cavalière de Dynastie de Beaufour sera la seule représentante française en finale individuelle.

Les résultats individuels

Les résultats par équipes



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