Couvert d’or aux Mondiaux, Steve Guerdat devient le plus grand cavalier de l’histoire
Sacré champion du monde individuel ce dimanche à Aix-la-Chapelle avec Dynamix de Bélhème, Steve Guerdat vient de décrocher la seule médaille d'or qui manquait encore à son immense collection. À quarante-quatre ans, le Suisse rejoint Hans Günter Winkler et Jeroen Dubbeldam au rang des rares cavaliers titrés aux Mondiaux, aux Jeux olympiques et aux championnats d’Europe — et les dépasse grâce à ses trois finales de la Coupe du monde remportées entre 2015 et 2019. Derrière lui, l’argent est revenu au Belge Thibeau Spits sur Impress-K van’t Kattenheye et le bronze au Britannique Harry Charles, auteur d’une belle remontée grâce à l’immense LT Holst Freda.
Pendant quelques secondes cet après-midi, le petit garçon qu’était Steve Guerdat est réapparu dans l’enceinte de la Soers. Celui qui aspirait à des grands championnats, des titres majeurs, de la ferveur, et des stades tels que celui d’Aix-la-Chapelle a vécu un rêve éveillé. Pour parvenir à ce firmament, le Suisse a dû compter sur tout le sang-froid et l’expérience accumulés au fil des années. “Tous les objectifs que j’avais quand j’étais enfant, ce qui me motive chaque jour, ce sont les championnats et le concours d’Aix-la-Chapelle. Il n’y a pas un jour dans ma vie où je ne pense pas à cet endroit”, a même lâché le champion suisse après son titre.
En gagnant la médaille de champion du monde individuel, la seule qui manquait à son immense collection, Steve Guerdat est ainsi devenu le plus grand cavalier de l’histoire du jumping. Avant lui, l’Allemand Hans Günter Winkler et le Néerlandais Jeroen Dubbeldam étaient déjà parvenus à se parer d’or aux Mondiaux, aux Jeux olympiques et aux Européens. Au sommet lors des Jeux de Londres en 2012, grâce à Nino des Buissonnets, aux championnats d’Europe de Milan en 2023 avec Dynamix de Bélhème, le quadragénaire était passé proche du triplé doré en Caroline du Nord. En septembre 2018 à Tryon, la fabuleuse et regrettée Albfuehren’s*Bianca l’avait en effet mené jusqu’au bronze individuel. Une magnifique breloque qui n’avait pas encore le goût de l’or. Ce 23 août, cette quasi-anomalie a été réparée et Steve Guerdat est bien devenu le plus grand champion individuel de tous les temps. Mais alors, pourquoi serait-il encore plus immense qu’Hans Günter Winkler et Jeroen Dubbeldam ? Car Steve Guerdat a en plus de cela remporté trois finales de la Coupe du monde en 2015, 2016 et 2019, respectivement sur Albfuehren’s*Paille de la Roque, Corbinian et Alamo. Un détail qui n’en est pas un, et qui propulse le détenteur d’un tel record au rang de plus grande légende que ce sport ait connu. “Je ne comprends pas que les gens oublient toujours les finales de la Coupe du monde”, s’est d’ailleurs amusé l’Helvète en conférence de presse, après que son palmarès a été rappelé, sans citer ses exploits en indoor.
À vingt-cinq ans, Thibeau Spits fait déjà partie des plus grands de sa discpline.
© Benjamin Clark/FEI
Aucune place à l’approximation
Harry Charles a révélé la géniale LT Holst Freda lors de ces championnats.
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Le sacre de Steve Guerdat cet après-midi n’a rien eu d’une sinécure. Réservée aux vingt-cinq meilleurs couples du championnat, la finale a donné aux quarante-mille spectateurs bien des raisons de retenir leur souffle. Chef d’orchestre de cette finale en deux actes, Frank Rothenberger a imaginé un premier parcours énorme et ne laissant aucune place à l’approximation. Plusieurs couples pourtant bien lancés ont été empêchés dans leur élan. Richard Vogel a notamment essuyé un refus sur le mur n°4, son extraterrestre United Touch S ne pouvant appréhender cette difficulté après un tournant bien trop serré. En bronze provisoire, Ben Maher a été stoppé net, au propre comme au figuré. Devant solliciter son excellent Point Break avec la cravache pour franchir la rivière, le Britannique a inquiété son étalon, qui n’a pu se ressaisir avant la palanque à vagues qui suivait. Un refus plus tard, le champion olympique de Tokyo 2021, un peu trop habitué aux quatrièmes places en grands championnats, a cette fois plongé dans le bas du classement. Un énorme coup dur. “J’ai senti que mon cheval s’est déconcentré et qu’il a regardé à droite. C’est bien sûr décevant, mais il a bien sauté en dehors de cela”, a réagi le Britannique avec distance.
Sur une Dynastie de Beaufour des grands jours, Nina Mallevaey, seule Française au départ de cette finale, a réussi un premier parcours impeccable. De quoi confirmer que la Nordiste de vingt-six ans a toutes les habiletés techniques et une résistance à la pression remarquable, alors qu’elle ne court que ses premiers Mondiaux.
Huitièmes de leurs premiers Mondiaux, Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour ont signé la meilleure prestation française.
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“Je vais avoir du mal à digérer ma faute”, Nina Mallevaey
Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème sur leur route dorée.
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Pour le deuxième round, le chef de piste allemand, que toute la pression engrangée a fait fondre en larmes au terme de l’épreuve, n’a pas été plus tendre. Réservé aux douze meilleurs du championnat, cet acte a été ouvert par le multimédaillé Scott Brash. Sur la formidable Hello Mango (ex Keswichtime HV), en grande forme pour le cinquième parcours de son tout premier championnat, Scott Brash a fait une frayeur à toute l’assemblée. Image rare, l’Écossais a fini à terre prématurément après un mauvais abord du triple. Bien trop proche de l’entrée, la grise a tenté de s’extirper de la combinaison en usant d’agilité, jusqu’à désarçonner l’Écossais, tombé sur le troisième élément, et non loin des sabots de sa fille d’Untouchable 27. Sonné quelques secondes, le double champion olympique par équipes a fini par sortir sur ses deux jambes et sous les acclamations du public. S’il est quant à lui resté en selle, Abdel Saïd a aussi été éliminé en raison de deux refus de Wathnan*Quaker Brimbelles Z sur chacun des éléments du double. Le Britannique et le Belge repartiront tout de même d’Aix avec le bronze et l’argent par équipes.
Combattive et à son affaire, Nina Mallevaey est sortie de piste “pas très contente” d’elle-même, après avoir loupé le bronze pour une faute sur l’oxer n°4 de la seconde manche. “Je vais avoir du mal à digérer ma faute, il va falloir que je vive avec”, a même lancé la discrète jeune femme. “Dynastie a été incroyable, j’espère que nous aurons d’autres opportunités car elle mérite d’obtenir une médaille dans un tel événement. J’espère pouvoir lui offrir !”, a aussi déclaré la meilleure française des Mondiaux.
À domicile, la Mannschaft s’est montrée bien moins souveraine que dans la finale par équipes, dont elle est sortie en or. Malgré quatre chances de podium, aucun Allemand n’est parvenu à signer de sans-faute aujourd’hui. Loué de toutes parts pour son équitation, Marcus Ehning devra attendre encore pour décrocher la couronne qui lui manque tant. Avec Coolio 42, il termine septième de ces Mondiaux, juste derrière Daniel Deusser et Otello de Guldenboom.
Dixième après la première manche, Harry Charles a signé une remontada dont il se souviendra longtemps. Auteur de l’un des trois doubles zéro de la journée, le Britannique, champion olympique par équipes il y a deux ans, a pu croire en ses chances de podium après son second sans-faute. Déçu de son entame de championnat au point d’en avoir les larmes aux yeux jeudi soir, Harry Charles a fini par faire honneur à la formidable LT Holst Freda, qu’il ne monte que depuis fin mai. S’il ne pensait initialement pas l’engager dans cette échéance, considérant leur association trop récente, il a hésité à prendre le départ de la finale individuelle. Demandant conseil à l’intelligence artificielle, qui lui a soufflé que ses chances de podium étaient existantes mais infimes, Harry Charles aurait eu tort de passer son dimanche dans les tribunes. Pour cause, son double zéro et les fautes de la concurrence l’ont propulsé dans un bain de bronze ô combien mérité.
Grâce à leurs belles prestations dans la première manche, les très surprenants Roberto Teran Tafur et Piergiorgio Bucci étaient sur le podium provisoire en prenant le départ de la seconde. Respectivement sur Dez’Ooktoff, un éblouissant bai de dix-huit ans, et Hantano, le Colombien et l’Italien ont fini par sortir de la course pour une faute chacun. Le premier a été battu sur la sortie de triple, tandis que le second a vu ses rêves de première médaille individuelle s’écrouler pour une faute sur l’ultime oxer. Le vainqueur des Grands Prix 5* de Mexico, Rome et La Baule devra se contenter du chocolat et devance le sud-américain, qui a surpris tout le monde en Allemagne. Ces erreurs ont profité à Harry Charles, mais aussi à Thibeau Spits, auteur d’une finale impeccable sur Impress-K van’t Kattenheye. Déjà en or par équipes pour sa première grande sélection l’été passé à La Corogne, le Belge a confirmé son talent pour les championnats, lui qui avait déjà récolté quatre fois le plus précieux des métaux aux Européens jeunes. Dans la cour des très grands, le garçon de vingt-cinq ans a interprété son étalon de la plus belle des manières, ce dernier montrant encore une fraîcheur remarquable après cinq parcours exigeants. Ils quittent l’Allemagne avec deux médailles d’argent.
Steve Guerdat demande au public aixois d’honorer sa formidable Dynamix de Bélhème.
© Benjamin Clark/FEI
Des détours mais un cap inchangé jusqu’à l’or
Dernier à s’élancer, Steve Guerdat est entré en piste dans un silence de cathédrale. Habitué aux matchs sous pression, le Suisse s’est pourtant dit “presque plus stressé que jamais” cette semaine. Connaissant l’enjeu, le grand champion a mené sa fille de Snaike de Blondel, née chez la famille Aimez, jusqu’à un ultime sans-faute magistral. Quelques foulées après avoir réalisé sa prouesse, le successeur d’Henrik von Eckermann a pointé sa partenaire de choix, signifiant que rien n’aurait été possible sans elle. Pour cause, la jument de treize ans lui a offert quelques-unes des plus belles lignes de son palmarès avec l’or individuel aux Européens de Milan et l’argent aux JO de Paris, et le toit du monde aujourd’hui. À ce jour, Dynamix pourrait bien être la première jument à avoir remporté de si beaux métaux dans les trois championnats majeurs. Sa prouesse du jour permet par ailleurs à ses éleveurs, Laure Aimez étant sur place pour assister au sacre de sa protégée, d’empocher 10,000 euros grâce à Next Gen Breeders. Une juste récompense de tout le travail accompli.
Réalisant ce qu’il venait d’accomplir, Steve Guerdat s’est pris la tête dans les mains en sortie de piste, comme sonné par son exploit. Il faut dire que le champion revient de loin, puisqu’il a connu une année 2025 marquée par du repos forcé en raison d’hernies discales nécessitant des opérations d’urgence. Après un long travail de rééducation, il a pu retrouver les sommets, mais a bien cru ne pas pouvoir compter sur sa belle pour l’échéance quadriennale. Elle-même légèrement blessée en début d’année, la baie n’a pu faire son comeback qu’en mai. Son cavalier avait d’ailleurs dit au sélectionneur suisse Peter van der Waaij qu’il renonçait à emmener sa partenaire à Aix, ne la jugeant pas au point pour un tel rendez-vous. Puis, la magie a opéré, puisque Dynamix a signé un CSIO 5* de Falsterbo parfait, convaincant Steve Guerdat de la confronter aux meilleurs mondiaux. Grand bien lui en a pris, puisqu’ils ont été les seuls à ne commettre aucune faute cette semaine.
Ce soir, le petit Steve a bien des raisons d’être fier du champion sans pareil qu’il est devenu. Lui qui disait en mai qu’il avait toujours rêvé de “laisser une trace dans le sport” a déjà réussi sa mission. Place à la célébration, à laquelle le clan suisse s’attelle depuis plusieurs heures déjà !
Le podium des Mondiaux 2026 d’Aix-la-Chapelle.
© Benjamin Clark/FEI

