Les petites histoires du jumping aux Mondiaux d’Aix
Une remontée improbable pour Harry Charles, une chanson française pour les champions allemands, des larmes de joie et des espoirs envolés… Au-delà des médailles, les Mondiaux de saut d’obstacles d’Aix-la-Chapelle ont livré leur lot de surprises et d’émotions. Retour sur les petites histoires qui ont accompagné le grand sport.
Harry Charles interroge chatgpt
“J’adore cet endroit, mais il ne me rend pas la pareille”, avait lâché Harry Charles jeudi soir, après un début de championnat loin de ses ambitions. Avec une faute concédée dans chacune des deux premières épreuves, le Britannique pointait alors au cinquante-neuvième rang individuel. La déception était telle qu’il en avait pleuré, estimant ne pas avoir été à la hauteur de la phénoménale LT Holst Freda, que lui a confiée son épouse Eve Jobs il y a seulement trois mois. Au point d’hésiter à prendre le départ de la finale individuelle, dimanche. “J’ai demandé à ChatGPT si je devais y aller et si j’avais une chance de monter sur le podium”, a raconté le Britannique. La réponse de l’intelligence artificielle ? “Peu probable, mais pas impossible.” Bien lui en a pris de l’écouter : avec trois parcours parfaits, Harry Charles a remonté cinquante-six places pour décrocher le bronze ; du jamais-vu lors des huit derniers championnats du monde ! Notons également qu’il s’agissait de la première médaille individuelle britannique aux Mondiaux depuis celle des mythiques John Whitaker et Milton en 1990… On leur souhaite la même carrière !
Otto Becker et les yeux d’Émilie
Championne du monde à domicile après avoir survolé la compétition, l’Allemagne avait forcément de quoi faire la fête le 21 août. Mais quelle chanson allait accompagner les célébrations ? “C’est une chanson française, que nous avons découverte au CSIO 5* de La Baule”, s’est amusé Otto Becker en conférence de presse. Son titre ? “Les yeux d’Émilie”, de Joe Dassin. Un morceau que Richard Vogel a pris soin de jouer sur le téléphone de son chef d’équipe avant de… la chanter lui-même devant les journalistes. Une scène aussi improbable que bon enfant, à l’image de la joie allemande après une victoire à domicile qui ne souffrait guère la contestation. Avec Marcus Ehning, Sophie Hinners, Daniel Deusser et Richard Vogel, associés à leurs respectifs Coolio 42, Iron Dames Singclair, Otello de Guldenboom et United Touch S, l’Allemagne a dominé le championnat de bout en bout pour décrocher l’or avec seulement 4,48 points, devant la Belgique (11,69) et la Grande-Bretagne (12,98).
La France a eu chaud…
Les objectifs étaient clairs en arrivant à Aix-laChapelle : jouer les médailles, mais, surtout, décrocher l’un des sept tickets olympiques mis en jeu pour Los Angeles. La France aura finalement dû patienter jusqu’au bout pour valider le second. Après une bonne entame, les Bleus, représentés par Nina Mallevaey sur Dynastie de Beaufour, Olivier Perreau et GL events Dorai d’Aiguilly, Antoine Ermann avec Floyd des Prés, et Julien Épaillard sur Fringan de Vesquerie, ont progressivement reculé au classement avant de terminer à la huitième place, avec 24,99 points. Un total toutefois suffisant pour décrocher la qualification olympique – les États-Unis, quatrièmes, étant qualifiés d’office –, de même que l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suisse et l’Irlande.
Un top 10 pour Nina Mallevaey
Pour ses premiers Mondiaux, Nina Mallevaey a longtemps semblé pouvoir jouer les premiers rôles. Huitièmes après la troisième épreuve, la Nordiste et Dynastie de Beaufour ont même abordé la finale individuelle avec une chance de médaille, avant qu’une faute dans la seconde manche ne les repousse au huitième rang. Une petite déception pour la jeune femme, qui regrettait forcément cette dernière barre, sans laquelle elle aurait pu monter sur le podium. À vingt-six ans, Nina Mallevaey n’en a pas moins signé des premiers championnats du monde prometteurs. De quoi nourrir quelques belles ambitions pour les prochaines échéances.
Toujours pas de médaille pour Point Break
Après avoir dû déclarer forfait aux JO de Paris puis aux Européens de La Corogne en raison de pépins physiques de Point Break, Ben Maher disputait enfin un grand championnat avec son crack. Et l’étalon de douze ans n’a pas déçu, restant irréprochable jusqu’à la finale individuelle, qu’il abordait en troisième position. Mais un refus sur la palanque ondulée dans la seconde manche a finalement relégué le Britannique et son étalon au dix-septième rang. Une issue cruelle pour le couple, toujours en quête de sa première médaille.
Abdel Saïd en selle sur Wathnan Quaker Brimbelles avec lequel il a terminé vice-champion du monde par équipes.
© Hippo Foto Media/Stefan Lafrentz
Au fil de la semaine le chef de piste Allemand Frank Rothenberger, a réussi à faire monter la difficulté sans tomber dans l’excès.
© Hippo Foto Media/Stefan Lafrentz
Le pari gagnant d’Abdel Saïd
On attendait plutôt Abdel Saïd avec Bonne Amie, sa jument de tête. C’est finalement avec Wathnan Quaker Brimbelles que le Belge a terminé vice-champion du monde par équipes et onzième en individuel. Un cheval dont l’ascension a de quoi surprendre : révélé au plus haut niveau par le Français Jean-Luc Mourier, l’étalon a des origines pour le moins atypiques. Son père, Quicksilver St Simeon, ne compte même pas dix produits, tandis que son grand-père maternel n’est autre que Hickstead (ex-Opel), le champion olympique du Canadien Éric Lamaze !
Bas Moerings, cavalier et naisseur
Pour Bas Moerings, ces Mondiaux avaient une saveur particulière. Le Néerlandais y a vécu ses premiers championnats Seniors comme cavalier avec Ipsthar, mais aussi comme naisseur, puisque deux autres chevaux de l’élevage familial étaient au départ : Lesther, monté par le Jordanien Ibrahim Hani Bisharat, et Fasther, sous la selle de l’Américaine Lillie Keenan. Si ces deux derniers sont issus de la même mère, Blisther (KWPN, Farmer x Zevenster), les trois chevaux partagent la même souche maternelle via Esther (KWPN, Zevenster x Antonio), mère de cette dernière. Une belle histoire pour la famille Moerings, qui comptait donc trois de ses produits au départ, dont deux ont signé un sansfaute dans la première épreuve.
La Suède, du sommet au fond du classement
Quatre ans seulement après son sacre mondial à Herning, la Suède a vécu à Aix-la-Chapelle une tout autre réalité. Également champions olympiques en 2021 et champions d’Europe en 2023, les tenants du titre ont réussi à se qualifier pour la finale par équipes, mais n’ont jamais semblé en mesure de défendre leur couronne. Dixièmes et derniers de l’épreuve, les Scandinaves n’ont pas décroché leur ticket pour les JO de Los Angeles et devront désormais passer par les Européens de 2027. En quatre ans, le paysage a bien changé.
Dubaï du Cèdre méconnaissable
Comment ne pas évoquer les parcours d’Abdullah al-Sharbatly qui ont fait couler beaucoup d’encre dans la presse et sur la toile. Cible régulière de critiques sur les réseaux sociaux, davantage pour son équitation que pour avoir récupéré l’ancienne étoile de Julien Épaillard, le Saoudien a livré des prestations controversées dans les deux premières épreuves du championnat. Le nez et les postérieurs au ciel, l’alezane a tenté, tant bien que mal, de composer avec les difficultés des parcours et les ordres de son cavalier. Après avoir essuyé un refus dans la Chasse, le cavalier a finalement déclaré forfait au bout des deux premières épreuves.
Bravo Frank !
Il y avait forcément une pression particulière sur les épaules de Frank Rothenberger. Fidèle chef de piste d’Aix-la-Chapelle, l’Allemand, qui n’a pas toujours fait l’unanimité par le passé, faisait face à un véritable défi : proposer un championnat à la hauteur du plus haut niveau mondial tout en composant, dans la première épreuve notamment, avec un plateau allant de cavaliers totalement inexpérimentés à 1,60 m aux cadors de la discipline. Au fil de la semaine, l’Allemand a réussi à faire monter la difficulté sans tomber dans l’excès. Au terme de la finale individuelle, le soulagement était palpable : les lèvres tremblantes en conférence de presse, Frank Rothenberger a ensuite fondu en larmes dans les coulisses.

