“Avec la famille Mégret, nous sommes désormais tournés vers l’avenir et le haut niveau”, Camille Condé-Ferreira

Après avoir brillé pendant près de dix ans dans les catégories Poneys, Enfants, Juniors et Jeunes Cavaliers, Camille Condé-Ferreira s’apprête à franchir un nouveau cap dans sa carrière. Désormais jeune femme, la sympathique et enjouée Francilienne de vingt et un ans va pouvoir s’appuyer sur sa collaboration florissante avec la famille Mégret, dont elle sera désormais la figure de proue. Déterminée à rejoindre le sport de haut niveau et à y faire sa place, l’amazone évoque son nouveau chapitre de vie. 



L’an dernier, dans le cadre d’une collaboration avec la famille Mégret, la cavalière a récupéré le talentueux Corrado du Moulin, ici au CSI 3* du Longines Deauville Classic.

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Comment allez-vous et comment vivez-vous ce retour sur les terrains de concours après une si longue pause? 

Je vais très bien en ce moment. Nous sommes très heureux d’avoir pu reprendre les concours, tout comme mes chevaux et mes propriétaires. Le retour en compétition a été plutôt bon du point de vue des résultats puisque j’ai enregistré de bons classements dans différentes épreuves avec différents chevaux. C’est positif!

Comment avez-vous vécu ces derniers mois? C’est le premier grand événement historique que vous traversez pour une jeune fille comme vous. 

Sur le coup, je pense que nous ne nous sommes pas rendu compte. Nous étions tellement la tête dans le guidon que nous ne réalisions pas ce qu’il se passait, comme tout le monde. Je pense que c’est surtout dans les années à venir que nous allons prendre conscience de ce que nous avons vécu et que nous avons été enfermés chez nous pendant plus de trois mois! Personnellement, j’ai vécu ce confinement auprès de mes chevaux et je me suis entraînée tous les jours, donc mis à part l’absence des concours, mon quotidien n’a pas tellement changé. C’était une pause hivernale anormalement longue.

Vous collaborez depuis quelque temps avec la famille Mégret, gérante du haras de Clarbec. Comment est née cette collaboration? 

Ma collaboration avec la famille Mégret a démarré complètement par hasard, il y a environ quatre ans. J’étais venue monter dans leurs écuries pendant une semaine afin de prendre de l’expérience avec Geneviève, car elle est de très bons conseils. Quelques mois plus tard, elle m’a parlé d’une jeune jument qu’elle ne savait pas à qui confier, et m’a proposé de l’essayer. Notre partenariat a commencé avec elle, puis un deuxième cheval s’est rajouté, et un troisième, etc. Cela se passe très bien et nous avons une belle relation. Ils m’accompagnent, sont très à l’écoute et me suivent très régulièrement en concours. J’essaie de leur rendre la pareille autant que possible en leur offrant des classements et en faisant évoluer leurs chevaux du mieux possible. Nous marchons vraiment dans une relation de confiance et je suis très à l’écoute de ce qu’ils peuvent me dire. Nous essayons vraiment de progresser ensemble. Même quand nous sortons de piste avec un sans-faute, nous débriefons pour essayer de mieux faire la prochaine fois. Je sens que nous avançons dans la même optique, en mettant l’amour et le respect du cheval avant tout. C’est agréable de compter sur des propriétaires qui partagent les mêmes valeurs que soi.

Quels chevaux le haras de Clarbec vous a-t-il confiés? 

J’ai une dizaine de chevaux qui me sont confiés, dont Corrado du Moulin (Holst, Berlin x Landadel), acheté à l’âge de six ans par le haras de Clarbec et qui commence vraiment à se faire un nom. Il performe énormément. C’est un cheval fantastique, avec un caractère assez trempé mais extrêmement talentueux. Il n’y a pas assez de mots pour le décrire car il fait tout avec une aisance folle. Ce n’est pas donné à tous les chevaux! Je monte également Varenta GEM (SF, Allegreto x Royal Feu), qui est née au haras de Clarbec et appartient à Élise (fille de Geneviève et Dominique, passionnée d’élevage, ndlr). Elle montre de très belles choses et se classe régulièrement dans des épreuves jusqu’à 1,45 m. Je pense qu’elle a le potentiel d’aller encore plus haut. Ensuite, j’évolue avec de plus jeunes montures en lesquelles nous fondons pas mal d’espoir, comme Air Force GEM, Égérie du Val du Geer, Chiara GEM, et de plus jeunes de cinq, six et sept ans qui ont de l’avenir. Et d’autres arrivent…

Vous formez pas mal de jeunes chevaux. Qu’est-ce qui vous plaît dans la formation? 

J’aime bien monter de jeunes chevaux parce que je peux les faire évoluer comme j’ai envie qu’ils deviennent. Je trouve que c’est peut-être plus intéressant que de récupérer un cheval déjà au point, sur lequel on a “simplement” à se poser dessus. C’est aussi plus gratifiant de voir un cheval être compétitif après l’avoir formé soi-même ; ça a plus de valeur à mes yeux.

Pour l’avenir, Camille Condé-Ferreira peut notamment compter sur Varenta GEM, jument de onze ans née au haras de Clarbec.

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“Ces années chez les Jeunes m’ont apporté beaucoup d’expérience et d’assurance”

Désormais lancée sur le circuit Seniors, Camille Condé-Ferreira espère pouvoir évoluer dans quelque temps au sein de l’équipe de France.

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Fin avril, vous avez annoncé le départ à la retraite d’Unehistoire du Morion (SF, Mylord Carthago x Tarzan de Beaulieu), fille de Mylord Carthago (SF, Carthago x Jalisco B) âgée de douze ans avec qui vous avez gagné une ribambelle d’épreuves. Pouvez-vous revenir sur cette décision? 

Normalement, Unehistoire devait quitter le sport un peu plus tard, mais le confinement a un peu chamboulé nos plans et nous avons décidé, en concertation avec sa propriétaire (Camille Alexandre, ndlr), de lui offrir une belle retraite. Nous ne voulions pas tarder à prendre cette décision afin qu’elle puisse faire de beaux poulains à l’élevage du Morion, où elle est née (chez Michel Levrat, à Sainte-Croix, dans l’Ain, ndlr). Elle est d’ailleurs pleine de Vagabond de la Pomme (sBs, Vigo d’Arsouilles x For Pleasure) en ce moment, ce qui me semble être un croisement intéressant et j’espère que j’aurai la chance, un jour, de monter un de ses poulains! Unehistoire a tout donné pour le sport, et m’a tout donné. Nous avons vécu cinq très belles années ensemble. Elle a notamment réalisé deux saisons à 50 % de victoires, ce qui n’est pas donné à tous les chevaux! Elle était extrêmement performante dans son niveau d’épreuves et je ne pouvais rien lui reprocher.

Dans le même temps, vous avez accueilli un autre produit de Mylord Carthago*HN avec Voyou des Noualles*des Truffiers (SF, Mylord Carthago x Univers d’Elle). Comment se passent vos débuts? 

J’ai récupéré Voyou fin mai, après que sa propriétaire (Sandrine Gerschheimer, gérante de l’élevage des Truffiers, ndlr) m’ait contactée pour me proposer de me le confier. J’ai beaucoup aimé le cheval dès le premier essai et nous n’avons pas mis longtemps à nous mettre ensemble. C’est un cheval talentueux, qui adore la compétition et qui donne tout une fois en piste. Il est assez atypique dans son style, mais il donne tout pour finir sans faute car il aime beaucoup qu’on parle de lui! (Rires) Cela faisait neuf mois qu’il n’avait pas disputé de concours, donc il était un tout petit peu en forme au début, mais cela commence à rouler. Nous nous sommes déjà classés dans des épreuves à 1,45 m et j’espère que c’est le début d’une belle aventure!

Cette année aurait dû être votre dernière saison en Jeunes Cavaliers. Ne pas pouvoir achever vos années Jeunes par des championnats, ceux de Vilamoura ayant été annulés à cause de la crise liée à la Covid-19, constitue-t-il une frustration pour vous? 

C’est toujours dommage de manquer des championnats d’Europe, mais est-ce que j’y aurais participé s’ils avaient eu lieu? C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. Ils n’étaient pas un objectif en soit cette année, mais vu la bonne forme de Corrado du Moulin et Varenta GEM, peut-être que cela aurait pu se faire. Compte tenu du développement de ma collaboration avec la famille Mégret, nous nous tournons désormais vers l’avenir et le haut niveau. Nous sommes en train de former une véritable équipe et un système pour que j’accède au haut niveau de seconde division. C’est l’objectif et nous travaillons pour.

Que retenez-vous de ces années passées sur le circuit des Jeunes, qui s’est considérablement professionnalisé ces dernières années? Qu’est-ce que ces expériences vous ont apporté?

Avoir pu courir des championnats d’Europe chez les Jeunes a été très formateur. Pour le coup, je n’ai pas loupé une seule catégorie puisque je les ai courus en Poneys, Enfants, Juniors et Jeunes Cavaliers! Il est vrai que ces circuits se sont développés, mais je dirais que les catégories Poneys et Enfants restent quand même plus accessibles que les deux autres. Chez les Juniors, on commence déjà à baigner dans un milieu très professionnel, où il y a beaucoup d’enfants issus de familles du cheval. Il faut parvenir à faire sa place et à la conserver, en la défendant à chaque fois. J’ai connu de très belles années avec Pirole de la Chatre (SF, Flipper d’Elle x Prince Ig’Or, AA), avec laquelle nous avons été très performantes. J’ai couru mes premiers championnats d’Europe Jeunes Cavaliers avec elle (à Samorin en 2017, où le couple a terminé trente-huitième en individuel, ndlr). Je pense que nous étions arrivés à nos limites car les parcours étaient très hauts. Moi-même je n’avais que dix-huit ans à l’époque et il me manquait peut-être un peu d’expérience à ce niveau d’épreuves. J’ai pu recourir des Européens Jeunes Cavaliers en 2019 à Zuidwolde avec Dark Lady du Val du Geer (sBs, Toulon x Kashmir van Schuttershof, passée sous la selle de Benjamin Hedin début juin, ndlr). Nous avons terminé dix-huitièmes après avoir péché dans la première manche de la finale individuelle, mais je pense que j’aurais pu facilement accéder à un top 10 si j’avais mieux monté… Je le regrette encore aujourd’hui car je pense que nous avions un rôle à jouer et que Dark Lady avait vraiment tout donné. En résumé, ces années chez les Jeunes m’ont apporté beaucoup d’expérience et d’assurance. Je me suis dit que j’étais capable d’y arriver, et parvenir à être performante dans une catégorie me rassurait pour passer à la suivante.



“Il ne faut pas appréhender d’être lâché dans le grand bain et partir défaitiste”

Comment appréhendez-vous l’entrée dans la cour des grands? Même si vous avez déjà commencé à arpenter les CSI 2*, vous allez franchir un nouveau cap.

Bah… Ça va ! (Rires) J’y suis déjà un petit peu, par défaut. J’ai eu la chance de pouvoir disputer quelques très beaux concours dernièrement (notamment le CSI 3* du Longines Deauville Classic mi-août, ndlr), qui m’ont permis d’accéder à la marche intermédiaire entre les Jeunes et le plus haut niveau. Honnêtement, je n’appréhende pas spécialement. C’est sûr qu’il sera plus difficile pour moi d’aller sauter une Coupe des nations Seniors demain, mais c’est d’autant plus motivant! Je suis prête et je serai présente pour essayer d’atteindre ce rang. Et d’être performante, car je n’y vais pas pour faire de la figuration!

On dit souvent que la transition entre les Poneys et les Jeunes, puis la transition entre les Jeunes et les Seniors sont assez compliquées à gérer. Comment le vivez-vous? 

Je pense que cela va se faire naturellement. Il ne faut pas appréhender d’être lâché dans le grand bain et partir défaitiste, car c’est le meilleur moyen de ne pas y arriver. C’est dans les moments plus difficiles qu’il faut redoubler d’efforts. Je continuerai à me fixer des objectifs avec chacun de mes chevaux et j’essaierai d’être la meilleure possible.

Vous avez eu vingt et un ans en mars. Comment abordez-vous ce passage à l’âge adulte? 

Je ne me sens pas tellement changée, ou peut-être que je n’ai pas encore eu l’occasion de le sentir. Je suis quelqu’un qui vit vraiment au jour le jour. Je ne vais pas dire que je prends la vie comme elle vient, mais le fait d’avoir franchi le cap des vingt et un ans ne m’a rien fait. Je ne veux pas, sous prétexte que j’ai désormais la majorité universelle, me changer parce que ma vie devrait changer. Je reste moi-même, et je continue même à regarder des dessins animés ! (Rires) 

Quel modèle de carrière aimeriez-vous imiter? 

Je gère déjà ma propre structure, à Jouarre, en Seine-et-Marne, qui appartenait à mes parents autrefois. Désormais, mon père gère ses propres clients et propriétaires, qu’il entraîne, et j’ai ma propre partie avec les chevaux qui me sont confiés. Nous avons déjà chacun notre activité, qui ne fonctionne d’ailleurs pas de la même manière. Évidemment, j’admire beaucoup de cavaliers qui ont réussi à bien structurer leurs carrières, sportive et professionnelle, comme Edward Levy par exemple.

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux, et vous pouvez compter sur une communauté très active. Comment vivez-vous votre notoriété? 

J’adore! J’aime beaucoup pouvoir partager mon quotidien, mes résultats et mes aventures avec les gens qui me soutiennent. J’essaie au maximum de répondre à tout le monde et aux questions qui me sont posées. Les réseaux sociaux sont un moyen de pouvoir faire vivre ma vie à d’autres passionnés, et c’est chouette de ressentir un tel soutien. Et je les remercie car c’est une super aventure que l’on vit presque tous ensemble!

Que peut-on vous souhaiter pour les mois et années à venir? 

Beaucoup de réussite, de bonheur, de victoires avec tous mes chevaux!

Camille Condé-Ferreira a franchi un nouveau cap dans sa collaboration avec le haras de Clarbec de la famille Mégret, qui lui a confié trois nouvelles montures de choix, Carioca de Riverland, Vahiné de Favi et Bassano de Nantuel. Il y a quelques jours, la jeune amazone était revenue sur cette récente annonce pour GRANDPRIX.info.

LE QUIZZ

Le concours auquel vous rêveriez de participer? Calgary.
Le cheval que vous auriez aimé monter? Ratina d’la Rousserie. Je l’adore!
Votre obstacle préféré? J’aime bien les triples. Et je déteste les verticaux et les oxers.
Votre chef de piste préféré? Cédric Longis.
Votre occupation en dehors du cheval? Le shopping.
Votre chanteur préféré? Angèle.
Votre film préféré? “Insaisissables”.
Votre marque de fringues préférée? Zadig & Voltaire.
La dernière série que vous avez regardée? Je ne regarde pas de série.
Votre intérêt pour la politique, de 1 à 10? 2… Pour ne pas dire zéro.
Votre mot préféré? Peace.

Cet entretien est paru dans le magazine GRANDPRIX n°120 en octobre 2020