Uzès, où le Mas d’Armani a crevé l’écran, reste la place forte du commerce de chevaux français d’endurance

Du 7 au 10 octobre, Uzès a accueilli sa vingt-neuvième Grande Semaine, hôte des finales nationales des Jeunes Chevaux d’endurance. L’événement était organisé par la Société hippique française (SHF) autour de ce Haras national situé dans le Gard. Place de marché incontournable, cet événement, unique au monde par son organisation, est le seul à réunir autant de jeunes chevaux. Malgré diverses problématiques rencontrées en amont (qualifications, nombre de naissances et crise sanitaire), ce cru 2021 a été marqué par une augmentation de 8,3% du nombre de participants, passant de 530 partants en 2020 à 574 cette année.



Le Mas d’Armani à l’honneur

article-block1

© Les Garennes/SHF

L’élevage de la famille Miletto-Mosti, situé à Saint-Gilles dans le Gard, a tiré son épingle du jeu à l’issue de ces finales nationales des Jeunes Chevaux d’endurance, en décrochant de nombreuses mentions dans chacune des épreuves. Ainsi, le championnat des quatre ans a été remporté par Haya d’Armani, jument Demi-sang Arabe fille de Diadur des Vabres et Djando par Tango Ter, associée à Laurent Mosti. Chez les cinq ans, Gianni d’Armani, étalon Pur-sang Arabe par Cashmir d’Hipolyte et Leila al Cassière (Djelfor) a fini deuxième du championnat, avec 3’02’’ de récupération. Seul Ragnar (PsA, Divamer x Djouras tu) a fait mieux, de cinq secondes (2’57’’). Déjà sacré à quatre ans, il a confirmé sa capacité de récupération exceptionnelle au terme d’un circuit de 60km en deux étapes bouclées à la vitesse moyenne de 15km/h. Figaro d’Armani a clos le bal des médailles avec sa victoire dans le championnat des six ans avec Carla Mosti, fille de Cécile et Laurent. Pour rappel, le cheval avait déjà été labellisé Élite à quatre et cinq ans. Ce hongre bai, produit de l’élevage familial, est issu du croisement de l’étalon Arabe Branik et de Betty Boop d’Armani (DsA, Felouk). “La victoire de Figaro avec ma fille est hautement symbolique car tous deux sont nés et ont élevés et entraînés au Mas d’Armani”, se réjouit Cécile Miletto-Mosti. “Chez les quatre ans, Haya a remporté l’épreuve avec mon mari, et nous sommes passés à quelques secondes du Grand Chelem, Gianni se classant finalement deuxième de l’épreuve des cinq ans. Nos résultats ont beaucoup fait râler car le nom de Mosti a souvent été cité.” (rires)

De fait, les compteurs ne se sont pas arrêtés là pour le Mas d’Armani. Dans l’épreuve des quatre ans, deux juments, Hermès d’Armani (PsA, Charismatik Larzac et Burberry d’Armani par Rêve de Sauveterre), montée par Agathe Lecaplain, et Hermosa d’Armani (PsA, Diadur des Vabres et Djalila du Porche par Roco ibn Persik) ont décroché la mention Excellent. Du côté des cinq ans Gino d’Armani, AR par Sahar d’Aiza et Djalila du Porche (Roco Ibn Persik), confié à Maeli André, figure aussi parmi les soixante-cinq Élite. Giorgio d’Armani (DsA, Valentino Occitan) frère utérin de la championne des quatre ans, a décroché la mention Excellent avec Manon Arcelin. “Ces résultats sont une surprise pour nous car nous ne participons pas aux finales pour gagner mais pour montrer nos chevaux et les qualifier pour le niveau supérieur, notre objectif étant d’en hisser autant que possible jusqu’aux épreuves de niveau CEI 3* (généralement longues de 160km, ndlr). Le but est de valoriser au maximum nos produits afin de donner de la visibilité à notre élevage. En effet, notre rentabilité dépend notre activité commerciale. Les ventes de chevaux constituent presque notre seule rentrée de revenus”, rappelle Cécile. “Avoir des offres le jour J fait partie du jeu même s’il n’est jamais simple de se séparer de l’un de nos protégés. En parallèle, nous avons développé une partie valorisation. Dans ce cadre, nous fournissons des chevaux clés en main à leurs futurs cavaliers. Par exemple, nous avons accompagné une cavalière australienne cette année aux championnats du monde.”


article-block2

Laurent Mosti et Haya d'Armani

© Les Garennes/SHF



article-block3

Laurent Mosti sur Haya d'Armani

© Les Garennes/SHF

Cette année, le programme de la Grande Semaine d’Uzès s’est concentré sur trois jours contre quatre auparavant. Cette décision est le fruit d’une réflexion de la commission d’endurance de la SHF, souhaitant réorienter l’événement en modifiant son règlement. L’an passé, le championnat des six ans s’était déroulé en trois étapes. Cette fois, les cent soixante-quatorze partants ont tous couru la même épreuve de 80km à vitesse imposée. Elle s’est déroulée en trois étapes avec pour critères très stricts: une vitesse régulière de 15,8 à 16km/heure, une récupération cardiaque optimale de cinquante-quatre pulsations par minute dans les cinq minutes suivant l’arrivée, et un état métabolique avec des allures parfaites. Cette nouvelle mesure renforce l’importance accordée à la capacité de récupération dans le calcul des points, les temps de récupérations aux arrivées intermédiaires étant utilisés pour établir le classement des dix meilleurs Élite. “Regrouper les six ans en une seule et même épreuve simplifie tout, surtout quand on a vient avec plusieurs chevaux. Et qui dit une seule épreuve dit un seul champion! Quant à nous, nous avons la chance que notre structure soit située à quarante minutes d’Uzès, ce qui nous a permis de faire des allers et retours journaliers. C’est un avantage non négligeable quand on a douze chevaux engagés”, note l’éleveuse gardoise.



Le commerce a bien repris

article-block5

Carla Mosti avec Figaro d'Armani

© Les Garennes/SHF

La Grande Semaine d’Uzès est aussi et surtout une plateforme du commerce international du cheval d’endurance, le lieu où se relève l’élite mondiale de demain. L’événement de renommée mondiale attire les plus grands acheteurs internationaux, essentiellement originaires des pays du Golfe, dont les Émirats arabes unis, le Qatar et les sultanats d’Oman et Bahreïn. Depuis 2018, la discipline a dû faire face à plusieurs crises successives, liées à la suspension temporaire de la Fédération équestre des Émirats arabes unis par la FEI fin 2020 et aux effets de la pandémie de Covid-19. Naturellement, l’activité commerciale en avait pâti.

Cette année, celle-ci semble avoir repris son rythme. “D’un point de vue économique, c’est surtout la Covid-19 qui nous a fortement impactés. Les confinements imposés dans un peu partout ont posé de gros problèmes pour se déplacer. Les acheteurs ne pouvaient presque pas sortir de leur pays, et quand c’était possible, les quarantaines imposées rendaient les déplacements trop complexes. Nous concernant, la suspension de la Fédération équestre émiratie n’a pas entaché nos relations avec les acheteurs des pays du Golfe car il y a bien eu des compétitions cette année, donc il leur fallait quand même des chevaux”, assure Cécile Mosti. “Nous participons aux finales d’Uzès depuis vingt-sept ans. La semaine passée, j’ai retrouvé l’ambiance d’antan, que j’affectionne particulièrement. Pour la petite histoire, mon père a gagné ici il y a vingt-six ans avec Dynamik (PsA, Persik x Dja-Lah). Depuis, nous poursuivons chaque année l’aventure. L’investissement des Émirats dans notre sport a modifié les rapports sur place car beaucoup d’acteurs n’étaient là que pour vendre leurs chevaux. Habituellement, au moins une douzaine écuries des pays du Golfe sont présentes, par le biais de courtiers, pour repérer et acheter des chevaux. Cette année, il n’y en avait que quatre, ce qui a ôté beaucoup de pression aux cavaliers. Et même si notre principale clientèle reste celle en provenance des pays du Golfe, nous avons dvelopper un réseau de clients australiens et chiliens, sans compter les clients français.”

Quoi qu’il en soit, on l’aura compris, Uzès demeure un passage obligé pour les éleveurs et cavaliers souhaitant former, valoriser et commercialiser la production française pour cette discipline.