“Chaque jour, je remercie le bon Dieu et mon père d’avoir mis Djibouti sur mon chemin”, Margaux Rocuet

Dimanche au CSIO 3* de Vilamoura, Djibouti de Kerizac a frappé un grand coup en signant l’un des quatre double zéro dans sa toute première Coupe des nations. De quoi ravir sa cavalière Margaux Rocuet. Sur la route pour Oliva, la Bretonne a fait le point sur l’ascension de ce prodige, évoqué sa relève prometteuse, le douloureux départ de Dubai du Cèdre, sa collaboration idéale avec Nicolas Layec, ainsi que l’absence prolongée de son cher Trafalgar Kervec.



Margaux Rocuet et Djibouti de Kerizac en route pour le sans-faute dans la Coupe des nations de Vilamoura.

Margaux Rocuet et Djibouti de Kerizac en route pour le sans-faute dans la Coupe des nations de Vilamoura.

© Moura Tours/Villamoura Equestrian Centre

Vous rentrez de Vilamoura où la France a remporté la Coupe des nations dimanche, notamment grâce à votre double zéro sur Djibouti de Kerizac. Comment était-ce ? 

Je n’avais pas pris part à une Coupe des nations depuis longtemps, car hormis celle de Gorla Minore (en juin avec Dubai du Cèdre, ndlr) les dernières auxquelles j’ai participé remontaient à mes années Jeunes Cavaliers, quand j’avais vingt-et-un ans, alors que j’en ai aujourd’hui vingt-neuf. Ces épreuves me manquaient car j’ai toujours adoré représenter la France et l’esprit d’équipe qui se créée. Cela me transcende et je tiens assez bien la pression donc c’est toujours un excellent moment. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un championnat tel que les Européens par exemple mais la pression est différente de celle que nous ressentons en Grand Prix. À Vilamoura, je n’étais entourée que de personnes supers, nous avons passé une excellente semaine. 

S’agissait-il de l’un des parcours les plus importants que Djibouti de Kerizac et vous ayez eu à affronter jusqu’alors ? 

Non, car nous avons déjà pris le départ de deux Grands Prix 5*. Il s’agissait tout de même d’un bon parcours, pas trop gros pour une Coupe des nations de deuxième ligue, sans pour autant être au rabais. La palanque à 1,60m dans la descente a fait beaucoup de dégâts, le triple était assez délicat, particulièrement en seconde manche car il y avait pas mal d’ombres, la ligne de la rivière était assez délicate car le terrain est très en pente. L’oxer qui suivait arrivait vite, particulièrement pour mon cheval qui a beaucoup d’action. Les fautes ont pour autant été assez éparses. Il s’agissait d’un parcours intéressant, qui nous a bien faits évoluer car il nécessitait de la technique et que la pression était différente. 

Il s’agissait de votre toute première Coupe des nations avec ce cheval, qui a signé l’un des quatre double sans-faute de l’épreuve. Quelle première ! 

Oui, c’était super ! Connaissant mon cheval, je savais qu’il était largement capable d’y parvenir. J’ai une totale confiance en lui, il n’a pas raté grand-chose cette saison et il s’adapte très vite à la hauteur et aux difficultés techniques. 

Deux ans après son sacre dans le championnat de France des chevaux de sept ans, il semble confirmer les espoirs que vous avez placés en lui… 

Oui, d’autant que l’année de neuf ans est charnière. Bien qu’il ait été très préservé et qu’il n’ait pas autant concouru que les chevaux de son âge, il prouve qu’il est hors du commun. Chaque jour, je remercie le bon Dieu et mon père (Bruno Rocuet, ndlr) de l’avoir mis sur mon chemin (rires)

Avec la certitude de pouvoir le conserver sous votre selle, vous pouvez d’autant plus vous concentrer sur son évolution sportive… 

Oui, c’est une pression en moins, notamment grâce à ses copropriétaires Denise et Mario Zindel, qui sont propriétaires de nombreux chevaux chez nous et que je remercie énormément. Bien sûr, Djibouti reste un animal et nous connaissons les difficultés et risques de notre sport. Des blessures ou des méformes peuvent arriver, que ce soit pour le cheval ou le cavalier. Ce cheval a nourri tellement d’intérêt que jusqu’à il y a six mois, je me mettais la pression en me disant que je n’avais pas d’autre choix que de signer des parcours sans-faute tant il est hors du commun. De ce fait, je ne rentrais parfois pas dans le temps imparti, les parcours n’étaient pas très rapides, je ne m’imaginais même pas pouvoir faire partie des cinq premiers au terme des barrages… À un moment donné, je me suis dit qu’il ne suffisait pas d’avoir un bon cheval, nous devions confirmer. Certes, il est capable de signer des parcours sans faute mais il doit aussi prouver qu’il peut être performant. Dès lors, j’ai essayé de me détacher de la pression en me rappelant qu’il nous appartenait et en voulant montrer ce que nous valions. À la suite de cela, quelques parcours ont été un peu plus brouillons mais cela nous a permis d’avancer, de trouver un galop soutenu, de ne plus écoper de points de temps dépassé et d’aller plus vite. Je sais que je ne peux pas encore gagner au barrage, mais en m’appliquant, nous pouvons obtenir de beaux classements. Petit à petit, nous quittons la démarche de formation pour gagner en compétitivité. 

Quel a été le déclic ? 

Gilles Bertran de Balanda m’a énormément aidée. En juin, entre deux concours à Grimaud et le Longines Global Champions Tour de Saint-Tropez, je suis allée m’entrainer chez lui. Il m’a proposé un exercice tout bête en posant deux barres à terre. Il m’a observée et a fini par me dire. “Super, tu as fait trois foulées de plus que si tu avais un galop normal !” À partir de ce constat, nous avons travaillé et je m’attache à encore progresser sur ce point. Je le remercie beaucoup pour cela.

Quelle va être la suite du programme pour Djibouti de Kerizac ? Avez-vous prévu de courir en indooravec lui ? 

Je me rends à Oliva pour trois semaines de compétition mais il ne courra que les deux dernières, lors desquelles il devrait prendre part au Grand Prix. Pour la suite, je ne sais pas tellement, je vais discuter avec Édouard (Couperie, adjoint à la cheffe d’équipe Seniors et directrice technique nationale Sophie Dubourg, ndlr) et Henk (Nooren, sélectionneur et entraineur national, ndlr) pour voir quelles sont les retombées de cette Coupe des nations. Le début de saison 2023 va se dessiner selon ce qu’ils me disent et en fonction des opportunités qui se présentent, que ce soit en deuxième ou première ligue. Pour le moment, c’est encore flou mais le CSIO 5* de La Baule pourrait faire partie de notre programme, ce qui serait vraiment chouette ! En attendant, Djibouti ne courra pas en indoor. Il ne l’a jamais fait et je n’ai pas envie de devoir le déclasser pour qu’il s’habitue à cet environnement. Il redémarrera certainement l’année 2023 à l’occasion d’une tournée.

“Djibouti gravit les échelons avec tellement de facilité que tout semble à sa portée”, loue Margaux Rocuet à propos de son alezan brûlé.

“Djibouti gravit les échelons avec tellement de facilité que tout semble à sa portée”, loue Margaux Rocuet à propos de son alezan brûlé.

© Moura Tours/Villamoura Equestrian Centre



“Dans le sport comme dans la vie, lorsque des portes se ferment, d’autres s’ouvrent”

Juliette Faligot, Maelle Martin, Jules Orsolini et Margaux Rocuet ; le quatuor gagnant d’Edouard Coupérie pour l'ultime Coupe des nations de l’année.

Juliette Faligot, Maelle Martin, Jules Orsolini et Margaux Rocuet ; le quatuor gagnant d’Edouard Coupérie pour l'ultime Coupe des nations de l’année.

© Moura Tours/Villamoura Equestrian Centre

Ambitionnez-vous une sélection pour les championnats d’Europe de Milan, du 29 août au 3 septembre 2023 ? 

Djibouti gravit les échelons avec tellement de facilité que tout semble à sa portée. Il pourrait très clairement être un super pilier pour des championnats car il sait aligner les parcours sans faute. Lui et moi commençons à très bien nous connaître. En ce qui me concerne, j’adore les championnats et je gère bien la pression donc pourquoi pas. Il faut bien sûr se donner une ligne de conduite mais je ne veux toutefois pas me fixer d’objectif précis. Je souhaite aller au rythme de mon cheval et de ses voisins d’écuries, car il n’est pas seul. Il n’est pas question de précipiter les choses, je ne cours par exemple pas après le classement mondial. J’ai de jeunes chevaux, un propriétaire vient d’acheter une super jument de huit ans pour moi, Elektra des Prémices. Elle est super et devrait pouvoir très bien épauler Djibouti. Je pense aussi à Coolcream Berence qui a explosé sur des épreuves importantes jusqu’à 1,50m en fin de saison. Celle-ci avait été arrêtée un an pour blessure et a pris un peu de retard. J’ai un piquet de chevaux à fort potentiel et je ne veux pas me donner une échéance précise mais simplement suivre mon chemin et aviser en fonction d’eux. 

Il y a quelques mois, vous avez également récupéré Iliade KDW Z, qui a évolué plusieurs mois jusqu’en Grands Prix 5* avec Kevin Staut… 

Iliade nous appartient et mon père a pris la décision de la conserver. Je crois qu’il est très content des produits qu’elle a déjà donnés, ils sont magnifiques. Il l’adore, c’est sa jument de cœur et celle avec laquelle il a repris la compétition. Il s’était vraiment bien amusé à ses côtés. Nous l’avons depuis ses sept ans, je la connais bien et elle a engrangé beaucoup d’expérience auprès de Kevin. Les épreuves auxquelles elle prend part aujourd’hui lui font du bien au moral (l’alezane évolue sur des parcours à 1,40m et 1,45m, ndlr). Elle retrouve un peu de fraicheur. À Gorla, c’était un lion tant elle était en forme. Je me suis même demandé si on ne l’avait pas croisée avec un kangourou (rires). Cela me fait plaisir de la voir ainsi ! Elle va de toute façon rester aux écuries et faire des poulains un jour. 

Comment se porte Trafalgar Kervec, qui n’a plus concouru depuis début 2022 ? 

Trafalgar s’est blessé l’an passé entre les concours de Dinard et Villers-Vicomte. Il y a presque un an jour pour jour, il avait couru dans le 1* à Oliva, où tout s’était très bien passé. Par la suite, il n’était pas parfaitement en forme, ça n’allait pas. Il a eu une bonne pause et depuis un mois et demi, il resaute de petits obstacles aux écuries. Il est en très grande forme, j’ai l’impression de débourrer un cheval de quatre ans tous les jours (rires). Il a une pêche d’enfer, j’espère qu’il pourra concourir à niveau, même si je pense qu’il ne prendra plus part à des épreuves aussi importantes que par le passé. Trafalgar adore la compétition et lorsque nous ne sommes pas ensembles, nous nous manquons l’un et l’autre. Au départ, lorsqu’il voyait le camion quitter les écuries sans qu’il ne soit dedans, il était vraiment malheureux. J’espère qu’il pourra être de retour l’année prochaine, prendre part à quelques petites épreuves pour s’amuser et garder le moral. 

Avec la bonne forme de Djibouti de Kerizac, vos jeunes chevaux prêts à éclore et le retour prochain de Trafalgar Kervec, vous semblez traverser une bonne période. Le départ de Dubai du Cèdre pour les écuries de Julien Épaillard est-il une ombre au tableau ? 

Hormis le départ de Dubai, tout va plutôt bien en effet ! Cela m’a beaucoup touchée car dès que je suis montée sur cette jument, nous avons eu une connexion. Je me suis donné beaucoup de mal et j’ai pris les choses à cœur. Je me suis beaucoup attachée à elle. C’est comme ça, c’est la dure loi de notre sport. Le fait que son propriétaire la récupère a été un choc car il est survenu dans une période difficile pour moi, ma jument Lady Lulu 2 s’étant blessée à Grimaud. Je me dis désormais que cela va peut-être permettre à d’autres chevaux de s’exprimer, comme cela a été le cas avec Coolcream récemment. Alphonse Wanner me soutient avec Elektra, qui est une véritable pépite. Dans le sport comme dans la vie, lorsque des portes se ferment, d’autres s’ouvrent. Cette année, j’ai connu pas mal de pépins, ce qui m’a appris à relativiser. J’aurais pu me laisser aller mais j’ai plutôt choisi de mettre le couteau entre les dents et de me battre. Je ne vais rien lâcher, ça va le faire ! 

Nicolas Layec a rejoint les écuries Rocuet il y a un an et connaît une progression remarquée, notamment ponctuée par une troisième place dans le Grand Prix 4* de Saint-Lô. Quel regard portez-vous sur votre collaboration et son ascension ? 

Que dire, si ce n’est qu’il est le collègue idéal ? Nicolas est vraiment gentil, doux avec les chevaux, n’a jamais un mot plus haut que l’autre. Je pense que même en se forçant, il est impossible de se brouiller avec ce garçon. C’est une belle personne, et au-delà de cela, je dirais même qu’il est un génie. Il est arrivé chez nous sans beaucoup d’expérience, or, son poste génère un peu de pression car il a récupéré tous les jeunes chevaux. Cette année, mon père et moi avons décidé que je ne monterai pas les jeunes, je n’ai donc pas pu l’épauler. En plus de cela, il compte également des chevaux d’âge dans son piquet, qui s’est étoffé au fil de la saison. Il a été propulsé sur le devant de la scène sans trop réaliser. Il est de nature assez facile donc il s’est laissé porter, son talent a fait le reste. Nicolas est la personne la plus agréable avec qui il m’ait été donné de travailler. Nos rapports sont vraiment fluides, il n’y a aucune concurrence ou jalousie entre nous deux. Nous échangeons très régulièrement des conseils. Lorsque je suis absente et qu’il monte mes chevaux, il m’envoie très souvent des vidéos. C’est très chouette de compter quelqu’un comme lui dans l’équipe. Cela me motive aussi car il arrive l’air de rien et se place déjà troisième d’un Grand Prix 4*. Sa présence m’enlève aussi un peu de pression de résultats, car lorsque je connais un moins bon week-end, lui répond souvent présent et vice-versa. 

Avec ce système solide et de belles perspectives pour 2023, l’année prochaine s’annonce donc riche ! 

Absolument ! De nombreux très bons jeunes chevaux vont éclore, ça promet. Par ailleurs, à mesure que le temps avance, mon père est de plus en plus motivé, à tel point que cela pourrait devenir problématique dans quelques années (rires) ! C’est vraiment chouette, toute l’équipe montre beaucoup d’engouement.  

Dubai du Cèdre a récemment quitté les écuries Rocuet.

Dubai du Cèdre a récemment quitté les écuries Rocuet.

© Sportfot



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