“Steve Guerdat n’est pas qu’un grand gagneur, il est aussi un modèle”, Grégory Wathelet
Quarante-deuxième mondial, Grégory Wathelet n’était pas à Aix-la-Chapelle pour concourir la semaine passée, mais a tout de même fait le déplacement jusqu’en Allemagne en sa qualité d’entraîneur, d’amoureux de sport, et d’ami. Celui qui s’était paré d’argent européen en 2015 avec HH*Conrad de Hus, déjà sur la piste de la Soers, a suivi avec attention ce qui s’est passé sur le stade de la Soers. Après la finale individuelle, qui a couronné l’un de ses meilleurs amis, Steve Guerdat sur Dynamix de Bélhème, devant son compatriote belge Thibeau Spits avec Impress-K van’t Kattenheye, et le Britannique Harry Charles en selle sur LT Holst Freda, Grégory Wathelet a livré son analyse.
La première analyse de la semaine
L’analyse de la finale par équipes
“J’ai trouvé le premier parcours de la finale individuelle très exigeant, ce à quoi nous nous attendions. À la reconnaissance, j’ai trouvé les obstacles particulièrement hauts et larges. Ce n’était pas insurmontable, mais sacrément relevé. Je n’ai pas eu le détail des hauteurs, mais je pense que l’ultime obstacle avoisinait les 1,70m (le vertical marron culminait à 1,68m, ndlr). Sincèrement, je n’ai pas souvent sauté des obstacles si hauts ! Un championnat du monde à Aix-la-Chapelle, c’est vraiment particulier. La finale était ouverte et a offert son lot de surprises, de subtilités, d’émotions… Comme pour la finale par équipes, il y a eu des rebondissements jusqu’au dernier moment. Certains cavaliers que nous n’attendions pas aussi haut ont été en lice pour des médailles jusqu’au dernier moment, même jusqu’au dernier obstacle dans le cas de Piergiorgio Bucci (sur Hantano, l’Italien a renversé l’ultime oxer, ce qui l’a privé de l’argent, ndlr). Je pense que tout le monde a vécu une après-midi assez incroyable !
Lors du premier parcours, il n’y a pas eu de scores trop lourds, si ce n’est concernant Richard Vogel et Ben Maher, qui ont essuyé un refus chacun. Le premier a tourné beaucoup trop court pour aborder le mur. Il réalise souvent des virages similaires, mais en l’occurrence, j’ai trouvé ça beaucoup trop risqué. United Touch S a eu à peine deux foulées droites pour appréhender le saut, il n’a pas semblé comprendre la demande de son cavalier. Il a remarquablement sauté le reste du parcours, donc c’est dommage, d’autant qu’avec un double sans-faute dans cette finale, Richard aurait pu terminer avec une médaille d’argent. Je trouve qu’il a commis des erreurs de cavalier tous les jours de la semaine.
Dans le cas de Ben, son cheval (Point Break, deuxième de la finale de la Coupe du monde de Bâle en 2025, ndlr) s’est un peu freiné sur la triple barre et s’est retrouvé loin de la rivière, qu’il a dû appuyer fort. Je pense qu’après cet effort, son cheval s’est ensuite un peu dégonflé (et a refusé les palanques en vague, ce qu’analyse le Britannique ici, ndlr). Il s’est un peu crispé par la suite, mais c’est dommage car il avait très bien entamé son parcours (au départ de la première manche, Ben Maher et Point Break étaient troisièmes au provisoire, ndlr). Des couacs peuvent toujours arriver, même à des couples aussi solides. C’est malheureux pour eux, mais cela nous rappelle que nous évoluons avec des animaux et que rien n’est jamais acquis.
En dehors de cela, les cartes ont été assez largement redistribuées en raison du grand nombre de parcours à quatre points. Cela a permis à Piergiorgio Bucci et Roberto Teran Tafur de monter sur le podium provisoire entre les deux manches. Sophie Hinners a quant à elle été rétrogradée en raison de sa faute sur l’ultime vertical. La barre à terre de Daniel Deusser (et Otello de Guldenboom, ndlr) a permis d’ouvrir un peu plus le champ à Steve (Guerdat, couronné avec Dynamix de Bélhème, ndlr).”
Grégory Wathelet salue la formidable performance de son compatriote de vingt-cinq ans, Thibeau Spits.
© HippoFoto
“Piergiorgio Bucci aurait mérité un podium”
“Harry Charles a signé une superbe première manche, puis un double zéro. Je ne pense pas qu’ils aient espéré un tel résultat (le Britannique était vingt-troisième au classement général avant le coup d’envoi de la finale individuelle, ndlr)et peu auraient imaginé qu’Harry puisse signer une telle ascension. C’est aussi la beauté de cet endroit. La piste d’Aix est sans pareille et le sport y est plus difficile qu’ailleurs. Pour cette raison, nous y assistons souvent à des retournements de situations. Finalement, je trouve que le fait que les trois doubles zéros du jour aient fini sur le podium est une bonne chose. Cela revêt une importance particulière. Même avec une entame difficile, il est possible d’espérer un résultat grâce à un double zéro. Pour cela, il faut être meilleur que les autres en finale.
Les trois cavaliers du podium ont signé des doubles sans-faute remarquables. Il y a un cavalier pour lequel j’ai toutefois été déçu, c’est Piergiorgio Bucci. Il a signé des tours magnifiques, et franchement, il aurait mérité un podium parce qu’il a signé une superbe saison (marquée par trois victoires en Grands Prix 5*, ndlr) et aurait tellement mérité cette médaille. D’autant plus que la faute était vraiment légère ! Le Colombien (Roberto Teran Tafur, finalement cinquième avec Dez’Ooktoff, un étalon de dix-huit ans, ndlr) n’est pas passé loin non plus et a signé une très bonne deuxième manche, malgré une faute en fin de parcours. Je pense qu’avant le championnat, peu l’auraient coché parmi les favoris.
Parmi ceux qui ont eu un couac au second tour, je pense bien sûr à Abdel Saïd (éliminé sur le double avec Wathnan Quaker Brimbelles, ndlr), mais aussi Scott Brash (qui a chuté d’Hello Mango, ex Keswichtime HV, ndlr). Il y a encore eu des rebondissements et rien n’était gagné avant de franchir la ligne d’arrivée. C’est ce qui fait la beauté de notre sport.”
“Ce que Steve a réussi est encore plus grand que ce que les gens imaginent”
Grégory Wathelet lorsqu’il a félicité son ami Steve Guerdat après son titre.
© Colledtion privée
“Je suis très proche de Steve et de mon compatriote Thibeau (Spits, paré d’argent avec Impress-K van’t Kattenheye, ndlr), donc j’étais assez tiraillé entre les deux, même si je préfère que mon grand ami finisse par gagner. En vingt ans, la Belgique est montée trois fois sur le podium individuel des championnats du monde (Philippe Lejeune a décroché l’or au terme d’une tournante et accompagné par Vigo d’Arsouilles, en 2010, et Jérôme Guéry s’est paré d’argent en 2022 à Herning, grâce à Quel Homme de Hus, ndlr). Avec deux médailles d’argent, Thibeau a de quoi se réjouir.
Dès le début, j’avais placé Thibeau parmi mes favoris. J’avais simplement craint qu’il soit hors course après la Chasse (le Belge était quinzième avant la finale individuelle, ndlr). Son double zéro a été remarquable. Tout était propre et serein. Il a monté comme il le fallait et attendu les fautes de ses concurrents, ce qui l’a mené au rang de vice-champion du monde. C’est extraordinaire pour lui, qui n’a que vingt-cinq ans, mais aussi pour la Belgique. Il a réussi quelque chose de grand ! Son cheval a beaucoup plus de sang qu’on ne le pense et s’est montré en forme toute la saison. Il a tellement de puissance et affronte ces parcours avec une telle facilité qu’il est l’un de ceux qui ont le mieux affronté la seconde manche. On ne peut leur faire aucun reproche.
Pour nous, les membres de l’entourage proche de Steve, il s’agit d’un résultat fort en émotion. Nous l’espérions bien sûr, mais nous savons aussi que le chemin est particulièrement long. Au-delà du résultat, il y est parvenu de façon irréprochable. Il n’a commis aucune erreur et rien laissé au hasard pour que sa jument puisse bien sauter, dans les meilleures conditions. Les mots me manquent et je crois que ce que Steve a réussi est encore plus grand que ce que les gens imaginent. Il faisait déjà partie de l’histoire, mais il la marque encore davantage. Certes, Jeroen Dubbeldam et Hans Günter Winkler ont remporté les titres mondiaux, olympiques et européens avant Steve, mais ce dernier est aussi triple vainqueur de la finale de la Coupe du monde, a été numéro un mondial, a remporté la finale du Top Ten trois fois… Steve a aussi été deux fois médaillé individuel aux Mondiaux (il avait décroché le bronze avec la fabuleuse Albfuehren’s*Bianca, à Tryon, en 2018, ndlr) et aux Jeux olympiques (l’or en 2012 avec Nino des Buissonnets et l’argent en 2024 avec Dynamix de Bélhème, ndlr). Personne d’autre que lui n’a réussi tant de choses, et je crois que nous ne le reverrons jamais dans le sport moderne. Il faut d’ailleurs avoir à l’esprit que la concurrence est tellement plus rude maintenant. Steve n’est pas qu’un grand gagneur, il est aussi un modèle. Lui et moi sommes vraiment proches, donc je peux assurer qu’il fait tout dans l’intérêt de ses chevaux et du sport. Il voit loin et tente de se projeter pour le jumping des vingt prochaines années. Il ne pense pas qu’à lui, ce qui est grand.
Je tiens aussi à souligner le fait que Dynamix a récolté des médailles dans les trois championnats majeurs, ce qui est particulièrement rare. Steve est toujours élogieux au sujet de sa jument, mais je crois que les gens ne réalisent pas ce qu’elle a accompli. L’ensemble de tous ces facteurs fait que c’est formidable pour le sport dans sa globalité.
Ce championnat se conclut sans grande surprise, si ce n’est la présence d’Harry Charles sur le podium. Rien à voir avec ses qualités de cavalier, mais je pense plutôt au fait qu’il ne monte cette jument que depuis quatre mois. J’avais aussi placé Dynastie de Beaufour, la jument de Nina Mallevaey, parmi mes favoris, et elles ne sont pas du tout passées à côté de leur championnat (toutes deux ont pris la huitième place, à une barre du bronze, ndlr).
Si on devait faire le bilan, ce championnat a été vraiment organisé de main de maître. Le seul bémol que je pourrais noter, c’est peut-être le parc d’obstacles, que j’espérais un peu plus beau et original. Le chef de piste Frank Rothenberger designe lui-même les obstacles, donc j’espérais des choses un peu plus spécifiques, comme nous avons notamment pu voir aux Jeux de Paris 2024, à ceux de Tokyo en 2021 ou aux Mondiaux de Caen, en 2014. Cela aurait été la cerise sur le gâteau !”

