Après Aix-la-Chapelle, Daniel Deusser met la main sur le Grand Slam de Bois-le-Duc

En remportant un nouveau Grand Prix du circuit du Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles à Bois-le-Duc, Daniel Deusser s’est offert un bonus financier non-négligeable et relance un cycle dans la quête de ce difficile triplé, que seul Scott Brash est parvenu à réaliser jusqu’à maintenant. En selle sur le génial Scuderia 1918 Tobago Z, de retour au sommet de sa forme, l’Allemand des écuries Stephex a réussi à mettre la pression sur ses adversaires, qui ont tous flanché. En signant le meilleur double sans-faute de ce temps fort dominical, le jeune quadragénaire a supplanté Harrie Smolders, éternel deuxième avec Monaco, ainsi que Willem Greve et le prometteur Grandorado TN.



Quelle démonstration de Daniel Deusser et son adorable Scuderia 1918 Tobago (Z, Tangelo vd Zuuthoeve x Mr Blue). Si l’Allemand n’avait pas autant de pression que son cadet, le Suisse Martin Fuchs, qui avait la possibilité d’enchaîner deux victoires dans les Grands Prix comptant pour le Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles mais a préféré abandonner, il avait tout de même fort à faire à Bois-le-Duc, après son succès à Aix-la-Chapelle, en septembre dernier. À bord de son adorable alezan, qui, sous ses allures de poney, se révèle être un formidable compétiteur, le cavalier des écuries Stephex a suivi la meilleure stratégie, dimanche 13 mars. Après s’être qualifié au barrage aux côtés de douze autres duos, Daniel Deusser a déroulé un barrage sur les chapeaux de roues, ne laissant rien au hasard. Mais, le longiligne germanique s’est surtout démarqué par la sensation de facilité laissée par sa prestation. Sans jamais secouer le tapis, le pilote a parfaitement conduit son Tobago. Partis en numéro sept, les deux complices ont eu l’avantage de pouvoir observer leurs premiers rivaux avant de s’adonner à leur second tour. L’Allemand aura dû attendre jusqu’à la fin de l’épreuve pour lever les bras, mais sa performance a été sans égal aux Pays-Bas.

Le généreux Tobago, de retour au sommet depuis quelques semaines, a enregistré un chronomètre de 37”90. Ce temps a bien été battu par deux couples - ceux formés par Scott Brash avec Hello Jefferson (né Jerenmias van het Hulstenhof, BWP, Cooper vd Heffinck x Irco Mena) et Marcus Ehning sur Stargold (Old, Stakkato Gold x Lord Weingard) -, mais les deux pilotes ne sont pas parvenus à négocier l’ultime oxer, renversant respectivement le second et le premier plan de l’obstacle pour finir sept et huitièmes. Alors, l’alezan s’est offert sa plus belle victoire. Détendu lors de la remise des prix, le protégé de Sean Lynch, qui est resté en Floride ce week-end et avait laissé les commandes à Marine Renaudet, semblait mesurer l’ampleur de son exploit. Blessé une partie de la saison 2020, Tobago a repris la compétition en douceur, sortant à de rares, mais bien choisies, occasions ces derniers mois. Lauréat du Grand Prix CSIO 4*, puis d’un Grand Prix 5* à Wellington il y a un an, l’alezan a ensuite très peu couru en fin d’année dernière. Revenu en forme à Genève, Tobago a depuis effectué cinq parcours outre-Atlantique avant de revenir sur le Vieux Continent, spécialement pour l’échéance. Après sa voisine d’écurie Killer Queen VDM, sacrée dans le temple d’Aix-la-Chapelle, le fils de Tangelo van de Zuuthoeve a, lui aussi, eu droit à son étape du Rolex Grand Chelem et remporté par la même occasion un joli bonus de 250.000 euros. Son pilote, lui, est de nouveau en course pour tenter d’empiler au moins trois succès d'affilée et égaler l’Écossais Scott Brash, unique cavalier de l’histoire à avoir réussi cet exploit. En juillet, dans le stade la Soers, la pression sera grande puisque Daniel Deusser sera à la fois tenant du titre et en lice pour un bonus financier encore plus important…

Photo de famille pour Tobago !

Photo de famille pour Tobago !

© Remco Veurink Equestrian/The Dutch Masters



“Une journée fantastique, une épreuve fantastique touche à sa fin. En fait, je n’ai pas de mots pour décrire ce que ce petit cheval a encore accompli aujourd’hui et à quel point il est cool en ce moment, en train de profiter de tout cela”, a commenté, encore ému, l’heureux lauréat avant de monter sur le podium. “Il y a encore eu des moments de sport fantastiques ici, du vrai sport avec du public et une atmosphère enfin retrouvée. Je pense que tous les cavaliers pensent la même chose, et en notre nom à tous, je remercie toutes les personnes impliquées, notamment les sponsors, l’organisation et bien sûr toute mon équipe. C’était une journée de sport fantastique et j’espère que cela va continuer ainsi.” Et d’ajouter : “Je me sentais confiant puisque mon cheval est en très bonne forme ces dernières semaines, mais encore faut-il le prouver une fois en piste. Tobago a très bien sauté au premier tour et m’a donné un bon sentiment, mais il y avait de nombreux concurrents au barrage, ce qui rend la tâche plus difficile et ajoute de la pression. [...] J’ai été très chanceux que ceux qui ont essayé d’aller plus vite fassent tomber le dernier, et je suis aux anges avec mon résultat.”



Les Néerlandais régalent le public

Comme dans le Grand Prix 5* de Genève, puis dans celui du CSI 5*-W de Londres, Harrie Smolders s’est encore retrouvé à la deuxième place du classement final. Parti en début d’épreuve, et ayant lui aussi fait escale en Europe pour l’événement, le Néerlandais a réalisé un bon double sans-faute en 38”03 sur le très régulier Monaco (Holst, Cassini II x Contender), qui lui est confié par la famille Jobs. “C’était un peu un désavantage de partir en début d’épreuve. J’ai monté mon propre parcours, puis j’ai vu que j’avais laissé un peu de place et que l’on pouvait être plus rapide. Mais certains ont fait une erreur en prenant plus de risques. Je pense que Daniel Deusser a monté un barrage parfait. [...] Monaco a encore été fantastique et je suis très satisfait. Maintenant, direction la finale de la Coupe du monde, le mois prochain, à Leipzig”, a commenté Harrie Smolders, qui va finir par devenir le Poulidor du saut d’obstacles !

Si le public, présent en nombre, a largement porté Harrie Smolders, il a aussi vibré avec Willem Greve. Dernier à s’élancer, le Néerlandais n’est pas passé loin d’une première grande victoire avec le jeune Grandorado TN (KWPN, Eldorado vd Zeshoek x Carolus II). Jusqu’au dernier obstacle, les fans hollandais y ont cru et ont poussé leur représentant. Malgré ses efforts pour aborder l’ultime oxer, Willem Greve était vaincu et s’est arrêté en 38”40. “Ce résultat est super cool ! Je suis parti de rien avec Grandorado. Il a toujours été dans la lumière, car il est un étalon très demandé. J’ai toujours cru en lui et j’ai vraiment travaillé pour ce Grand Prix”, a confié le troisième meilleur cavalier du jour. “J’avais un bon sentiment en amont. Mon cheval est en forme et désormais, tout se met en place.” 

Pour le pays hôte, Bart Bles a également occupé le quatrième rang avec le démonstratif Kriskras DV (BWP, Cooper van de Heffinck x Kashmir van Schuttershof), auteur, eux aussi, d’un double zéro en 39”64. Il a été rejoint, en sixième position, par son compatriote Jack Ansems. Peu connu à ce niveau, le pilote de trente-quatre ans ne sort pourtant pas de nul part. Avec sa Fliere Fluitier (KWPN, VDL Zirocco Blue, ex Quamikase des Forêts x Animo), le Néerlandais enchaîne les performances en 2, 3 et 4* depuis près d’un an. Dans les traces d’une jeune garde Oranje en pleine ascension, Jack Ansems a enregistré sa plus belle performance, pour sa troisième apparition à ce niveau, et n’a pas caché sa joie après avoir assuré son second tour. Entre les deux homologues bataves, le Belge Pieter Devos, lauréat la veille, s’est intercalé en cinquième position après un barrage maîtrisé sur la puissante Claire (Z, Clearway x Coronado).



Les Bleus ne passent pas le cut

De leur côté, les supporters des Bleus ont été moins servis que leurs voisins Néerlandais. La meilleure performance française est à mettre au crédit d’Edward Levy, presque impeccable sur Rebeca LS (SLS, Rebozo x Cassini I). La paire, lauréate d’un Grand Prix 2* en Belgique il y a quelques semaines, a montré de très belles choses avant d’être piégée sur l’oxer numéro neuf, qui précédait un triple extrêmement délicat, qui a regroupé la majorité des fautes du jour. C’est d’ailleurs cette combinaison qui a pénalisé Simon Delestre, lui aussi auteur d’un bon parcours avec le bouillonnant Cayman Jolly Jumper (SF, Hickstead x Quaprice Bois Margot, ex Quincy). Avec quatre points, concédés sur la sortie de triple, le bai s’en tire bien pour une première à ce niveau !

La sortie et l’entrée de la combinaison ont aussi été fatales à Kevin Staut et sa formidable Cheppetta (Holst, Chepetto x Cash). La paire, qui remportait son premier Grand Prix 3* il y a quelques semaines à Vilamoura doit encore retrouver ses marques à ce niveau. Roger-Yves Bost et sa toute bonne Ballerine du Vilpion (SF, Baloubet du Rouet x Quidam du Revel), auteure d’une belle tournée sur les grandes pistes du Sunshine Tour de Vejer de la Frontera, est, elle aussi, sortie de piste avec huit points dans l’acte initial, laissant à terre l’entrée du triple ainsi que le numéro cinq.

Les résultats complets ici.