“L’Allemagne était clairement au-dessus du lot”, Grégory Wathlet
Quarante-deuxième mondial, Grégory Wathelet n’est pas à Aix-la-Chapelle pour concourir cette semaine. Passionné par son sport, celui qui avait pris part aux Jeux équestres mondiaux de 2006 sur la même piste, avec Loriot, suit avec attention ce qui se passe sur le stade de la Soers. Après la finale par équipes, qui a couronné l’Allemagne, devant la Belgique et la Grande-Bretagne, le cavalier du Plat-pays livre son analyse.
La première analyse de la semaine
Le compte-rendu de la finale par équipes
“Nous avons vécu une finale prenante, quel que soit le pays que nous soutenions. Je pense qu’on a eu un très beau finish, comme nous l’attendions. En ce qui concerne l’Allemagne, nous avions clairement vu qu’elle était au-dessus du lot, qu’elle serait irrattrapable. Si elle n’avait pas obtenu de médaille d’or, ça aurait presque relevé du cataclysme.
La soirée a réservé son lot de surprises, avec des situations particulièrement intenses. Pour moi qui l’ai vécu de l’extérieur, c’était beau à voir, et j’imagine qu’en interne, ça devait être vraiment stressant. Certaines équipes sont mal parties mais ont réussi à renverser la vapeur, comme la Belgique. Pour d’autres, il y a eu un ou des couacs mais elles ont réussi à être en lice pour une médaille jusqu’au bout. Cela a donné de l’espoir à plein de nations, dont l’Italie ou l’Irlande, qui n’avait que trois cavaliers au départ (Darragh Kenny et Eddy Blue ne se sont pas élancés dans l’ultime acte de la finale par équipes, ndlr). Tout est resté très ouvert, sans donner lieu à des éliminations ou de très mauvais parcours, que nous préférons bien sûr éviter.
Je suis surpris d’avoir vu la différence de comportement des chevaux en fonction qu’ils passent le jour ou la nuit. Ça a été assez marqué, notamment lors du passage des individuels en début d’épreuve puis des membres d’équipes. L’attitude des chevaux était différente. Bien sûr, la pression de la compétition collective a pesé, mais beaucoup plus de chevaux ont fort regardé le triple sous la lumière artificielle. En ce sens, je pense que les individuels ont été favorisés alors que tout le monde devrait être logé à la même enseigne. J’aurais pensé que la rivière ferait davantage de dégâts, mais ça n’a pas été le cas, tant mieux. Le mur qui suivait s’est aussi bien sauté, ce n’était pas piégeux.
Finalement, le Danemark et la Suède n’ont pas obtenu leurs qualifications olympiques (réservée aux sept meilleures nations, les États-Unis étant déjà qualifiés en tant que pays hôte de Los Angeles 2028, ndlr), ce qui n’est pas une grande surprise. Certes, les deux derniers couples danois ont signé de bons parcours (Caroline Rehoff Pedersen sur Polonis L et Andreas Schou avec Napoli vh Nederassenthof, ndlr) mais je dois dire qu’il était surprenant de les voir si haut. J’ai été plutôt scotché par Caroline Rehoff Pedersen (vingtième du classement individuel pour le moment, ndlr), que je ne connaissais pas avant ce championnat mais qui m’a assez agréablement surpris. En ce qui concerne ses deux premiers compatriotes, on voyait que ce serait un peu fragile, que ça finirait par lâcher. Cela donne un score global lourd, un peu comme pour la Suède, qui n’est plus à son niveau d’antan (les Suédois ont enchaîné les titres olympiques, mondiaux et européens entre 2021 et 2023, ndlr). Malgré une deuxième journée fantastique marquée par cent pour cent de sans-fautes, la difficulté supérieure du parcours leur a coûté cher. Certes, il y a des explications, mais leur équipe n’était pas suffisamment solide pour rivaliser avec les meilleurs.
L’Irlande termine septième, sans parvenir à inquiéter les favoris, ce qui me déçoit un peu. Ils n’ont pas réalisé de mauvais parcours mais ont enchaîné les tours à quatre points, ce qui n’est pas suffisant. Je les avais imaginés un peu plus haut. Alors que la France était dans le coup après le passage du deuxième cavalier (Nina Mallevaey et Olivier Perreau ont tous deux écopé de quatre points avec Dynastie de Beaufour et GL Events*Dorai d’Aiguilly, ndlr), elle s’est un peu écroulée avec ses deux derniers parcours (Antoine Ermann et Julien Épaillard sont sortis de piste avec huit points sur Floyd des Prés et Fringan de Vesquerie, ndlr), qui ont coûté cher. Comme les scores étaient serrés, cela les a fait redescendre au huitième rang. C’est suffisant pour une qualification olympique, mais j’ose imaginer qu’ils ne sont pas satisfaits par ce résultat collectif.”
Des cavaliers qui laissent tomber, d’autres qui ne lâchent rien
“En épreuves par équipes, il est assez rare de voir autant d’abandons (il y en a eu quatre en trente-neuf partants, ndlr). Normalement, on va jusqu’au bout, sans quoi nous n’avons rien à faire en équipe. Je ne critique pas ceux qui le font dans l’intérêt de leur cheval, c’est bien normal. En revanche, les cavaliers qui abandonnent par peur, c’est un peu plus problématique. C’est notamment le cas de Katie Dinan, qui a plus que baissé les bras (l’Américaine était en selle sur l’extraordinaire Out Of The Blue SCF, ndlr). Je trouve cela inadmissible, car elle a complètement abandonné son équipe. Même si sa jument a pédalé dans le triple, à sa place, plein d’autres cavaliers auraient remis des jambes pour sauter la rivière et continuer. Pour sa nation, ce n’est pas terrible… Dans le cas d’Emanuele Camilli (l’Italien montait Chacareno PS, ndlr), je comprends davantage sa décision car son cheval a totalement paniqué, il n’arrivait même plus à se décoller de la barrière. Le refus du cheval face au triple a été un peu étonnant, mais le cavalier a sûrement senti que son cheval n’était pas apte à continuer. C’est dommage, car l’Italie était encore en course. La Suédoise Petronella Andersson a également abandonné (avec Odina van Klapscheut, ndlr), ce qui m’a surpris, car elle est du genre à se battre. Je crois qu’elle avait connu une mauvaise chute récemment, ce qui peut l’expliquer. Nous avons parfois assisté à des scénarios un peu improbables.
Je ne voyais pas du tout Scott (Brash, avec Hello Mango, ex Keswichtime, ndlr) commettre une faute, et j’imaginais les Britanniques assurés de la médaille d’argent. Je pense qu’il pourrait resauter dix fois le n°1 sans le faire tomber. D’autres l’ont touché, ça n’est pas tombé. Il y a une part de malchance, mais les Britanniques ont signé des tours remarquables. Leur faute a fini par sourire à la Belgique ! Lorsque Nicola et Pieter ont ouvert l’épreuve avec huit et quatre points (Nicola Philippaerts sur Katanga vh Dingeshof et Pieter Devos avec Casual DV), les Belges ont un peu serré les dents, même si deux couples solides arrivaient ensuite. Thibeau (Spits, sur Impress-K van’t Kattenheye, ndlr) est très solide, tandis qu’Abdel Saïd et Wathnan Quaker Brimbelles n’ont pas beaucoup d’expérience dans une telle configuration. Thibeau a signé un tour magnifique et je tire mon chapeau à Abdel, qui a terminé le travail malgré une pression énorme qui pesait sur ses épaules. Je ne pense pas qu’il ait déjà été confronté à un tel cas de figure, d’autant qu’il ne représente pas la Belgique depuis longtemps. Il s’est vraiment bien battu ! L’Allemagne était de toute façon imprenable. Pour la Belgique, c’est une médaille d’argent historique, ce n’était encore jamais arrivé en championnat du monde. C’est d’autant plus beau que la Belgique n’a pas pu compter sur mon cheval (Bond Jamesbond de Hay, ndlr), qui est en méforme, ainsi qu’Ermitage Kalone (le partenaire de Gilles Thomas, ndlr), qui est blessé. Cela a donné des opportunités à d’autres, et je ne suis pas sûr que nous aurions imaginé Abdel et son cheval signer le seul double zéro de l’équipe, quatre mois auparavant.”

